Il a fallu le hasard d'un retour estival en famille pour que je retrouve la trace d'une expérience enfouie parmi des centaines de photos faites à l'automatique et au flash.
Stupeur ! je me découvre récidiviste du détournement de poupon.


Automne hiver 1986. Volnay, village de Bourgogne, entre Beaune et Meursault. La commune est agitée. La chasse aux poupons est lancée. Volnay, cette année-là, accueille la St-Vincent Tournante, fête nomade de la vigne.
La tradition exige que le village soit grandement décoré et certains, en plus des fleurs en papier crépon, des bons proverbes et des tonneaux décorés, éprouvent l'irrépressible besoin de la mise en scène: des mannequins sont habillés à la mode vigneronne années 1920, ou plutôt à ce que des vignerons de 1985 s'imaginent être la mode années 20. Premiers essais pour faire un mannequin de vieux... vieux de carnaval, réussite modérée !



                                               Un poupon vrai


Un certain conformisme social affleure: les vignerons figurent des vignerons, et mes parents, boulangers, pensent plutôt à un mitron. Sus au poupon (qui, visiblement, est le substitut le plus spontané à l'homo sapiens sapiens, dans l'esprit-même de l'homo sapiens sapiens)! Ma soeur a beau planquer ses trésors de jeunesse, Gustave est réquisitionné pour faire le beau boulanger en vitrine.
La mise en scène du poupon encore nu reste dans ma mémoire comme un souvenir un peu trouble : une mère peu adroite en couture, la quête d'une artiste de l'aiguille capable de changer le jouet d'enfant en figure intemporelle de l'apprenti boulanger : pantalon pied de poule, plastron blanc crème en toile épaisse, toque ronde pour finir... j'ai le souvenir incertain d'une angoisse, de l'attente impatiente du costume ; la vitrine devait avoir son mitron, pour compenser un certain manque de faste familial. La découverte des plaisirs du simulacre était chose neuve et nos ardeurs encore modérées. Ma mère n'avait pas plus le goût du papier crépon que celui du dé à coudre, mon père des doigts trop patauds, et il manquait toujours du fil de fer ; les photos de l'époque montrent quelques fleurs éparses, jaunes orange, piquetées dans les bacs à fleurs désertés l'hiver.




Ce serait un peu juste, à la limite du hors-jeu social, si n'était le Mitron...




Tout s'est bien passé, mon père qui a un sens aigu des nécessités du commerce, a réussi ce week-end-là son plus fabuleux chiffre d'affaire horaire et les blagues sur l'"expérience soviétique" fusèrent le lendemain, face aux rayons dévalisés du magasin.

Expérience partagée : les poupons de l'épicier.

Ensuite, j'ai perdu de vue Gustave. Connaissant les miens, il a dû trôner un moment en vitrine, comme un bon souvenir (comptable). Etre ensuite rapatrié en cuisine ou en salon, où il a dû stationner un bon moment, au moins jusqu'au déménagement. A la faveur de l'animation et des va-et-vient, il a dû se faire la malle...





Il doit être bien vieux, le poupon, maintenant...