Ce dimanche 29 septembre, séance consacrée au film Un homme médiocre en cette époque de prétendus surhommes (2012),
adapté du journal et de la correspondance de Ranuccio Bianchi Bandinelli.

On a la chance, pour cette projection – une fois n'est pas coutume –, d'avoir avec nous le réalisateur, Angelo Caperna !
Ce sera donc l'occasion d'un échange approfondi sur la réalisation d'un film à l'écriture très originale et personnelle. On pourra discuter avec lui de ses choix de mise en scène, du long processus de composition d'un film d'auteur, mais aussi des conditions de production qu'impliquent ce cinéma exigeant.



synopsis

Ranuccio Bianchi Bandinelli, jeune intellectuel et aristocrate italien, assiste en spectateur au triomphe du fascisme. Dans cette époque, les personnes honnêtes doivent vivre dans l’obscurité, écrit-il dans son journal.
Mais, à la veille de la Deuxième Guerre Mondiale, l’Etat fasciste décide de faire de lui le guide culturel de Hitler et Mussolini lors du voyage du Führer en Italie.
Bandinelli envisage dans un premier temps de se faire sauter avec eux. Il accomplit finalement sa mission et note tout ce qu’il voit et entend sur un petit calepin.

L’histoire d’un homme qui se dit « médiocre ». Un historien de l'art qui, pressentant la fin, tente de sauver la beauté en péril. Un attentat qui n'a pas lieu. L'ombre longue du passé sur l'Italie d'aujourd'hui. La puissance, l’amour et la beauté éternelle de l'art comme survie, tandis qu'au-dehors, l'ignorance et les fascismes se répandent et triomphent. L'ombre longue du passé sur l'Italie d'aujourd'hui.
La puissance, l’amour et la beauté éternelle de l'art comme survie, tandis qu'au-dehors, l'ignorance et les fascismes se répandent et triomphent.



Le film nous projette dans la tête de Bandinelli : son journal et sa correspondance, interprétés en voix-off au présent de sa conscience, dialoguent avec les images d'archives (les visites d'Hitler et Mussolini) et les vues actuelles de Rome et Florence.



Note de l'auteur

Pour moi, la découverte de Ranuccio Bianchi Bandinelli et de son journal ont été la découverte renouvelée d’une Italie des hommes bons face à une autre Italie.

Car mon pays, on le voit encore aujourd’hui, a cette particularité d’être éternellement coupé en deux par une division féroce et toujours irrésolue entre ceux qui font les affaires avec la mafia et ceux qui en sont les victimes. Entre ceux qui utilisent et exaltent la fourberie et ceux qui se battent pour le droit.

Quelles sont les ressources de ces hommes-là face aux mouvements de l’Histoire quand elle semble aller vers la destruction ?

Quels sont les moyens d’action des citoyens quand la violence prend le Pouvoir ?

Et quels sont la place de l’intellectuel et de l’artiste, leur rôle et leur fonction, dans une société en crise ?

Ce sont quelques unes des questions que renvoie la trajectoire de Bandinelli. La trajectoire d’un homme ordinaire qui assiste à la dégradation d’une société prise au piège par le fascisme.

Dans les années vingt et trente, Bandinelli assiste au suicide d’une société et d’une culture et les pages de son journal et de ses lettres, qui fondent ce film, reflètent au jour le jour la question du comment cela a pu arriver ?

Bien que la place de Bandinelli soit dans une zone grise de la société plus que dans celle d’une opposition frontale, mon désir de suivre son parcours naît de la reconnaissance que sa revendication de médiocrité est une qualité majeure. Et toujours d’actualité.

Dès le début, en effet, Bandinelli décide de rester attaché à ses valeurs de normalité plutôt qu’adhérer aux nouvelles valeurs de l’homme fasciste.

Cette prise de position, qui est la réclamation d’une manière d’être à contre-courant du conformisme de son époque, fait de lui, paradoxalement, un vrai contemporain de son temps.

Ranuccio Bianchi Bandinelli peut nous décrire le monde qui l’entoure justement parce qu’il est en décalage avec lui. Un décalé, un contemporain donc.

Une question m’a accompagné tout au long de mon travail sur le journal de Ranuccio Bianchi Bandinelli :
Comment l’histoire vit et se sédimente en nous et dans notre présent ?

Je voulais créer dans le film un espace de résonance où (re)penser l’Histoire.

A travers un dialogue entre ce que nous avons sous les yeux aujourd’hui et ce que nous portons en nous du passé.

Citation

Durant les années d’avant-guerre, Ranuccio Bianchi Bandinelli voyage loin de la province italienne. Il se trouve en Allemagne deux ans avant l’ascension au pouvoir d’Adolf Hitler. Voilà ce qu'il note dans son journal:

« Café Atlantic. Un grand café avec plusieurs salles immergées dans des lumières opaques encastrées au plafond. Quelques personnes assises à des petites tables. Des personnes quelconques, presque toutes seules.
Le petit orchestre joue avec langueur. Derrière les vitres, sous la neige qui tourbillonne, passent silencieusement des gens emmitouflés, des charrettes tirées par d'énormes chevaux, des camionnettes, des automobiles.
En silence comme sur un écran.
La porte tournante est fermée par de lourds rideaux qui s’ouvrent de temps en temps et laissent passer un nouveau venu qui entre, s’arrête un instant, avance comme sur une scène.
Les gens le regardent un instant comme pour vérifier si le héros est arrivé.
Parce qu’il est certain qu’un héros doit arriver. Mais je n’arrive pas à établir si ce sentiment d’attente, cette atmosphère tendue, qui précipite chaque action et chaque moment de la vie allemande d’aujourd’hui, est une impression personnelle, s'il vient de mon inquiétude intérieure, ou s'il est vraiment dans l’air. J’ai l’impression qu’effectivement une certaine angoisse se dissimule derrière la précipitation avec laquelle la vie se déroule à Berlin, favorisée par un climat stimulant dans tous les domaines – commercial comme intellectuel – (il y a plusieurs conférences, ou concerts, ou représentations théâtrales importants le même jour et les gens se précipitent pour saisir au moins un petit morceau de chaque). Comme de quelque chose qu’il faut vite attraper parce qu’il s’agit des dernières occasions de vie, les dernières occasions après lesquelles... quoi ? Une guerre civile, un écroulement, une destruction définitive de l’Europe centrale ? »
Cologne, 18 janvier 1931.

« L’art est de plus en plus le reflet le plus sincère de l’âme humaine »

Considérations pratiques

La séance se tiendra chez Vincent et Elodie (un grand merci à eux), dimanche 29, à 18h30.
21, rue Eugène et Marie-Louise Cornet
(métro Hoche, Ligne 5 / RER E, station Pantin / T3b, station Delphine Seyrig)
93500 Pantin
06 97 95 01 52 (Arno)

Pensez à apporter un petit quelque chose pour le buffet d'après-projection !




Documentaire 78 min
Production Les Films du Tambour de soie, Mouvement, TSR, Arte GEIE, France Télévisions, avec le soutien du Programme MEDIA, de la Collectivité Territoriale de Corse, de la Région PACA et de la Procirep

bibliographie

L'article de Pierre-Oscar Levy sur son blog Mediapart
La publication aux Carnets Nord des textes de Bandinelli, postface A. Caperna.