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Classe de lutte (Outrage et rébellion)

(Signalement) Une vidéo par jour. Entre le 10 décembre 2009 et le 20 janvier 2010, une quarantaine d'artistes (réalisateurs, graphistes, plasticiens...) ont présenté un court film inspiré par les actes de violences policières et les ravages du flashball.
Un travail exceptionnel, initié par Nicole Brenez et Nathalie Hubert, peu après la répression d'une manifestation à Montreuil, en juillet 2009, au cours de laquelle un homme de 34 ans (Joachim Gatti) a perdu un œil.
A retrouver en intégralité sur Médiapart et sur le site dédié www.outragerebellion.org.

Outrage & Rébellion

Film collectif – France – 2009/10 - 190 min.

45 auteurs, 3 générations, 7 pays.
Caroline Deruas... Marylène Negro... Damien Roudeau... Lionel Soukaz... Gérard Courant... Guillaume Massart... Gisèle et Luc Meichler... Jacques Perconte... Pierre Léon... Fergus Daly... Jean-Gabriel Périot... Jean-Marie Straub... Jean-Paul Noguès... Lech Kowalski... Ange Leccia... Corinne Thévenon Grandrieux... David Faroult... Gautier Dulion... Jérôme Polidor... Alain Declercq... Chaab Mahmoud... Marc Hurtado... Peter Whitehead... Othello Vilgard... Anthony Stern... Hugo Verlinde... Sylvain George... Robert Fenz... Francesca Solari... Alexandre Zeff... Olivier Dury... Raphaël Girault... Tripak Akkro... Yves-Marie Mahé... Marion Desseigne Ravel... Hamé... Jacques Richard... Marcel Hanoun... Philippe Garrel... Laura Waddington... Stéphane Elmadjian... Comité Cinéma de Michelet... Sebastian Loerscher, Emmanuel Honoré and Malte Seddig...


Ci-dessous deux extraits (si les lecteurs ne s'affichent pas, tentez de recharger la page) :

Ils nous tueront tous...

par Sylvain George (cinéaste) - 10’ - France



Questions et hypothèses sur la répression 2009

par David Faroult (maître de conférences, cinéaste) - 13’29’’ - France

 
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Commentaires
1.   des spectateurs non réconciliés  -  lundi 22 février 2010 11:25


Colère - En réponse au projet "Outrage & Rébellion"

Le 8 Juillet 2009, à Montreuil, la police, armée de flashball, tire, à hauteur de visage, sur un groupe de manifestants rassemblés devant la Clinique, squat expulsé le matin même. Cinq camarades sont touchés. Suite à cela Nicole Brenez lance un appel (d’offres) à des cinéastes. Beaucoup parmi ceux qui figurent dans son carnet d’adresses y ont répondu mais personne, absolument personne, n’a cherché à nouer contact avec ceux à qui ces films sont adressés et censés rendre hommage. Histoire, par exemple, de se présenter, de faire connaissance, de se documenter.

Le cahier des charges de cet appel ressemblait à : « Un jeune cinéaste, Joachim Gatti, perd un œil à cause d’un tir de flashball à Montreuil ; à vos machines, il faut répondre par les moyens du cinéma ». C’est à cette injonction qu’ont répondu les auteurs de ces films. Or déjà l’énoncé de la commande était partiellement vrai. Les flics ne visaient pas un cinéaste, mais tous ceux qui étaient rassemblés devant la Clinique ce soir-là. Et, au delà, ils ont tiré sur les expérimentations politiques qui s’y menaient depuis des mois : occuper des maisons vides, lutter contre les arrestations de sans-papiers, tenir une permanence sociale, occuper des pôle-emploi et des CAF, organiser des concerts, faire un ciné-club et un magasin gratuit, une radio de rue les jours de marché, une cantine collective, écrire un journal mural chaque semaine, tisser des liens avec d’autres collectifs à Paris et dans d’autres villes...

Lorsque nous avons reçu la première moisson de films du projet « Outrage & Rébellion », nous nous sommes réunis dans une maison occupée à Montreuil pour les regarder. Beaucoup furent agités dans la nuit par ces quasi-horreurs.

Peu de cinéastes ont cherché à prendre position depuis l’événement. Quand on regarde ces films, ce qui apparaît au premier plan, ce sont les réalisateurs, leurs noms, leurs tics, leurs problèmes, leur stylistique, leurs compagnons, leurs appartements, leurs lubies, leurs banques d’images, leurs disques, leurs livres préférés et finalement leurs Curriculum Vitae en ligne sur Médiapart. Le sentiment qu’ici, on se donne à voir plus que l’on ne donne à voir.

L’accumulation fait sens et l’absence absolue de réflexion commune aussi. Ces films finissent par produire une réponse collective paradoxale : ce qui fait « collectif », c’est l’effet collection, l’effet exposition conduite par une commissaire. Ces objets mis bout à bout donnent à voir les dispositions stylistiques que nous sommes invités à choisir sur le grand marché des tendances culturelles.

Ici point de surprises, ces gestes cinématographiques s’inscrivent en rab sur l’événement et se distinguent soit par une plus value narcissique, soit par un surplus de jouissance, soit les deux. La plupart de ces objets sont dédicacés à Joachim puis signés par les auteurs avec un copyright. Ainsi, le caractère tristement public de ce qui s’est passé retourne, par le cinéma, dans la sphère du droit des usages et de la propriété. C’est aussi de pornographie qu’il s’agit : de l’exhibition de la toute puissance de la police - « Mon dieu, toute cette police costumée quand même, quelle horreur... » - à la turgescence ridicule d’un Georges Bataille lue par une jeune fille en fleur, le pas a été franchi ; honte sur eux.

Ce qui spécifie ces réponses, c’est qu’elles ne se tiennent même pas à la hauteur d’un compte rendu de paparazzi. Nous pourrions nous en réjouir, mais non. Chaque film présenté nous vend une salade vaguement formelle, vaguement politique, vaguement révoltée, plutôt compassionnelle, jusqu’au document interminable sur les difficultés de travail de la police racontées par un syndicat de gauche. La figure principale, récurrente jusqu’à la nausée, est la puissance de la police. Au fil des films la vacuité de sa détestation s’impose. Ce qui est sûr, c’est que le monde sensible qui s’exprime dans ces travaux n’est pas le nôtre. Pas tout à fait. Cela ne serait pas un problème si ces films pouvaient nous aider à penser. En réalité, ils ne font que nous rabattre sur les mêmes pauvres visions du réel qui déjà nous étouffaient et contre lesquelles nous essayons de lutter.

Que les choses soient claires : chacun est libre de répondre avec les outils qu’il se donne aux sirènes qu’il entend. Le problème c’est que tout cette « matière filmique », montée et accumulée, va à l’encontre de ce qui se cherche à Montreuil et ailleurs, jusqu’à le rendre absent.

Depuis quelques années, le capitalisme s’est fait remarquer par une disposition à coudre deux affects considérés jadis comme inconciliables : l’opportunisme et la sincérité. Ces travaux sont une des monstrations possibles de cet état de faits. Ils nous attristent et nous révoltent aussi pour cette raison.

Des spectateurs non réconciliés
(ceux à qui ces films rendent hommage)

Contact : circulez.voir@gmail.com

 
 
 
 
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