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L'élégance dans le sang (Dracula)

Well first of all, they're not romantic. It's not like they're a bunch of fuckin' fags hoppin' around in rented formal wear and seducing everybody in sight with cheesy Euro-trash accents, all right? Forget whatever you've seen in the movies: they don't turn into bats, crosses don't work. (...) And they don't sleep in coffins lined in taffeta. You wanna kill one, you drive a wooden stake right through his fuckin' heart. Sunlight turns 'em into crispy critters.
Jack Crow (interprété par James Woods), Vampires (John Carpenter, 1998)



Dracula est, selon David J. Skal, l'une des personnalités médiatiques les plus fameuses du XXe siècle. Le cinéma en témoigne bien : en complètant les recherches de Skal avec les rajouts les plus récents on constate qu'environ 230 films sont construits autour ou en référence à lui (dont environ 50 depuis l'an 2000, selon imdb). Sans compter tous les films de vampires, domaine bien plus vaste, mais qui ne nous concerne pas ici directement.
Dracula voit le jour, si on peut dire cela, en 1897, dans le roman éponyme de Bram Stoker (1847-1912), écrivain anglais d'origine irlandaise. Même si le personnage est désormais indissolublement lié au prince Vlad l'Empaleur, celui-ci n'a pas été la source primaire d'inspiration de Stoker. Celui-ci avait déjà entamé le travail pour son roman lorsqu'il tombe sur cette référence, qu'il utilisera pour étoffer l'ambiance du roman en soulignant géographiquement l'antagonisme entre étranger et familier (Transylvanie/Grande Bretagne).
Le personnage de Dracula est construit comme l'étranger par excellence, celui qui arrive d'ailleurs et menace l'ordre établi des choses. En véritable étranger, il vient de l'« Est », en nourrissant des plans cachés de conquête des « bons et braves » hommes de la société victorienne et, surtout, de leurs femmes douces et soumises.

Le livre de Stoker se place avant tout dans la tradition des histoires de vampires, véhiculée dès l'époque romantique par des nouvelles comme « The Vampyre » (1819) de John Polidori (dans lequel le vampire à les traits d'un aristocrate) ou « Carmilla » (1871) de J. Sheridan Le Fanu (concernant une vampire lesbienne). Pourtant, le « Dracula » de Stoker n'a rien de romantique à la base : il est présenté comme un vieux repoussant, décrépit, avec des traits animaux ; il rajeunit au long de l'histoire en buvant le sang de ses victimes mais il ne devient jamais attirant. Si le coté sexuel transparaît clairement dans le roman, l'attirance érotique n'est pas justifiée par son aspect. Ce sera surtout le cinéma qui imposera une autre image, celle d'un homme raffiné et sauvage en même temps, en tout cas sexuellement intriguant (les détails étant bien sûr redéfinis à chaque époque...).
Sa passion pour le sang, ainsi que le fait que le vampirisme se transmet par cette voie, ont d'ailleurs donné lieu à des rapprochements avec les maladies vénériennes, dont il serait la métaphore. (Le grand problème vénérien de l'époque était la syphilis ; l'hypothèse selon laquelle Bram Stoker lui-même serait mort des suites de cette maladie a prévalu un moment avant d'être récemment infirmée. L'idée est magistralement exploitée et mise en scène par Coppola, dont le film est sorti en 1992, dans une période dominée par la peur du SIDA : la première apparition du professeur Van Helsing se fait lors d'un cours sur les maladies sexuellement transmissibles.)


Le cinéma accroît (spontanément, par sa nature même) la séduction de Dracula : le personnage, abject par les actes qu'il commet, sa volonté de conquête et d'assujettissement des humains dont il fait soit des esclaves, soit des disciples, fascine et attire. Mais les choix délibérés de mise en scène et de caractérisation du personnage font qu'au cinéma, Dracula agit avec style : bien habillé, maniéré, poli, charmant (c'est d'ailleurs ce qui le rend suspect, d'abord aux yeux des personnages masculins).
Les films qu'on a retenus pour cette séance portent d'abord l'accent sur cet aspect du mythe cinématographique : le Dracula de Tod Browning est le film qui crée cette image sophistiquée et sensuelle sous les traits notoirement européens de Béla Lugosi ; à distance de six décennies, Dracula: Dead and Loving It de Mel Brooks en propose la relecture parodique et admirative.


Dracula (Tod Browning, 1931)


Le premier « Dracula » à l'écran est un film hongrois : Drakula halála / Dracula's Death (Károly Lajthay, 1921) ; c'est l'histoire d'un professeur de musique qui sombre dans la folie et commence à faire des victimes sous l'identité de Dracula ; on note qu'ici le sujet, sans rapport avec le roman de Stoker, évoque plutôt le Fantôme de l'opéra...

Nosferatu (F.W. Murnau, 1922), est l'adaptation non officielle du roman, dont il suit assez fidèlement la trame. Dracula est ici le comte Orlock ; il est représenté comme physiquement repoussant, semblable à un rat, et sa figure est liée à l'épidémie de choléra qu'accompagne son expansion. Les auteurs n'ayant pas demandé des droits pour l'adaptation, la veuve de Stoker les attaqua en justice et eut gain de cause ; le film fut saisi et interdit et il s'en ait fallu de peu pour qu'il ne disparaisse à jamais.


Cette aventure ouvrit les yeux à la veuve Stoker sur l'éventualité d'une plus large exploitation du roman de son mari. Ainsi, en 1924, elle donne son accord pour une adaptation théâtrale britannique, qui sera faite par Hamilton Deane. Le spectacle part en tournée à travers le pays ; il comporte une action réduite à cause de moyens restreints de production. Arrivé enfin à Londres, il devient un énorme succès de public, malgré des critiques désastreuses.
Cette mise en scène crée pour la première fois l'image moderne de Dracula : l'étranger bizarre mais maniéré, en tenue de soirée, avec une longue cape noire (le fameux col levé, ayant pour origine la nécessité pratique de masquer la disparition du personnage lors d'une scène spectaculaire, fait ici sa première apparition). Certains auteurs ont souligné les sources théâtrales et populaires de cette vision, apparentée à la figure du magicien des music-halls ou des vaudevilles, qui fait tout pour séduire et tromper un public trop naïf.


Le producteur américain Horace Liveright comprend le potentiel économique de la pièce et décide de l'importer en Amérique. Pour cela, il engage le journaliste John Balderston, qui retravaille la pièce de Deane pour la scène américaine, en adaptant surtout les dialogues. Toujours à court d'argent pour la production, il décide d'engager un inconnu pour jouer le rôle principal ; ce sera un moment décisif pour la carrière du personnage et du mythe.
L'homme choisi est un acteur hongrois expatrié suite à son implication dans la révolution de 1919 de Bela Kun, Bela Lugosi. Celui-ci ne parle pas anglais et apprend ses rôles phonétiquement, ce qui va créer l'accent et la prononciation si particulière de Dracula.


Ses yeux et ses gestes (ses mains surtout) dessinent un personnage inquiétant, doté du charme du Vieux-monde combiné à une intense ambiguïté sexuelle. Non sans péripéties, c'est lui qui reprendra le rôle au cinéma, quand les studios Universal achetèrent les droits d'adaptation à l'écran. Le réalisateur choisi fut Tod Browning, considéré comme un maître des films d'horreur, et qui avait connu le succès avec de nombreux films muets avec Lon Chaney (qui devait d'ailleurs jouer Dracula à l'écran avant sa mort prématurée en 1930). Browning, spécialisé dans des histoires d'outsiders et de personnages repoussés par la société, trouve en Dracula sa meilleure figure. Lugosi, par son interprétation, définit l'image du vampire à l'écran, telle qu'elle sera reprise, caricaturée ou adaptée sous diverses formes lors des décennies suivantes. Son propre destin sera profondément marqué par le rôle : figure charismatique, il s'investit dans sa création jusqu'à l'identification. Par la suite cantonné par le système hollywoodien dans ce type de personnage, il le reprendra dans une succession de copies de plus en plus pâles. Le rôle s'avérera, selon les paroles de Lugosi lui-même, « a blesing and a curse ».


Le film existe aussi en version espagnole, tournée la même année et en même temps par George Melford, avec des acteurs mexicains et destinée aux pays hispanophones. Dû notamment à l'implication du jeune producteur Paul Kohner, ce film est considéré, pour certains aspects, comme supérieur à celui de Browning et constitue un intéressant objet de comparaison.


Dracula: Dead and Loving It (Mel Brooks, 1995)


Le film de Mel Brooks suit chronologiquement celui de F. F. Coppola (sorti en 1992), et plusieurs scènes et situations sont des références directes. En ce début des années 1990, Mel Brooks doit encore plus faire attention à ce qui plaît au public, et essaye d'y trouver une source d'inspiration (en 1993 il sort Robin Hood : Men in Tights, impulsé par le succès du film de Kevin Kostner de 1991).
Mais son film est lié surtout à la grande tradition de Dracula au cinéma, et au personnage créé par Bela Lugosi en particulier. Cela n'est point étonnant : Brooks agit toujours en cinéphile qui exprime son admiration à travers ses parodies, à la fois satires et hommages. Brooks, né en 1926, a été fortement marqué par les films fantastiques et d'horreur des années 1930, tels que Frankenstein et Bride of Frankenstein (tradition qu'il parodie en 1974 dans son film Young Frankenstein), ou encore Dracula et ses suites. C'est pour cela que son personnage renvoie plutôt à celui interprété par Lugosi qu'à celui joué par Gary Oldman : d'une élégance classique, un peu rigide, avec l'accent hungaro-transylvain imposé par Lugosi. Le choix de l'acteur soutient bien cette conception : Leslie Nielsen est grand, charmant, élégant, maniéré (ces traits ont été utilisées d'une manière propice dans sa double carrière : après quelques décennies de rôles « sérieux » il devient, dès les années 1980, la star de comédies et parodies tels Airplane ou Lethal Weapon). Son interprétation est donc une réponse directe à la création de Lugosi.


Le film entier emprunte beaucoup à celui de 1931, tant en termes de structure, de scènes ou de dialogues ; les voir ensemble constitue une bonne occasion de comparaison et une manière de pénétrer dans le laboratoire de Brooks afin d'étudier comment il construit sa parodie.


Pour autant, le film de Brooks n'omet pas l'autre grand filon des films de Dracula, la production britannique de la maison Hammer des années 1950-1960. Le choix de couleurs saturées vise à recréer la qualité du Technicolor de l'époque. L'évidence des décors, qui laissent deviner le « travail en studio » (dans des scènes comme celles du sanatorium, ou les extérieurs en général), sont un choix délibéré du réalisateur et autant de citations. La musique aussi suit les concepts de production de la maison Hammer ; le thème musical composé pour accompagner les apparitions de Dracula par Hummie Mann suggère des paroles (« It's Dracula ! ») comme dans le Dracula de Terence Fisher (1958), la composition de James Bernard suggérait le nom du personnage : « Dracula ! ».

Le thème de l'étranger trouve des échos dans toute l'oeuvre de Brooks. Les différences entre les groupes ethniques, avec leurs traits particuliers, leurs stéréotypes, sujet à d'infinies plaisanteries, sont exploités afin de démonter les clichés. Ainsi, le personnage de Van Helsing, joué par Brooks lui-même, a l'accent allemand (plutôt que hollandais, comme il serait logique pour ce personnage) des nombreux professeurs et aristocrates européens des films américains.
Brooks avoue s'être inspiré directement des acteurs comme Albert Bassermann, tandis que la coiffure reprend celle de Edward Van Sloan, le Van Helsing de 1931. En fait, on a dans ce film toute une panoplie d'accents différents, source de comique : l'accent draculéen typique, l'accent germanisant de Van Helsing, l'accent très british des personnages aisés ou les accents cockney des petits employés.
La rencontre entre des mondes distincts, voire opposés (Est et Ouest, morts et vivants, etc.), constitue l'une des idées fortes du film, et l'une des plus originales dans le vaste corpus des films de Dracula. Elle s'exprime déjà dans le titre : Dracula est mort mais heureux de l'être, il prend les choses avec légèreté et insouciance et profite au maximum de son statut. Dans le film, l'attitude des personnages de la bourgeoisie anglaise, tels de Dr. Seward ou Jonathan Harker, figés dans les règles rigides de la société victorienne, a fonction de contrepoint comique. Harker, assailli et confus face à Lucy ou Mina, sexuellement libérées par la morsure de Dracula, se défend en invoquant son identité : « you see, I'm british ! ».
Autre idée majeure du film de Brooks, et qui nourrit le personnage de Dracula : le vampire est confronté dans les divers stades de l'histoire à des idiots, des incompétents, des êtres inférieurs ; ils ne se posent pas trop de questions et avancent dans la vie par inertie (comme des morts-vivants ?). Si bien que ses plans seront contrecarrés et finalement compromis, non pas par la ruse ou l'intelligence, mais par le hasard qui vient en aide aux simples d'esprit (ou par le hasard tout court). Ce principe dicte aussi la destruction finale de Dracula, qui intervient accidentellement, par la sottise de son plus proche acolyte, Renfield, lequel a par malheur conservé trop de caractéristiques humaines...


Une même séance pour deux Dracula apparentés mais très différents, donc : un classique, créant sous nos yeux l'image fondatrice d'un mythe majeur de la culture populaire, l'autre post-moderne, chargé de l'héritage des différentes versions et réinterprétations, mais volant allégrement sur les ailes du génie de son père adoptif, Mel Brooks.


Détails pratiques

La séance se tiendra samedi soir prochain, le 2 août, au coeur de la nuit (à partir de 22h et certainement jusqu'aux premières lueurs de dimanche), sur le toit de l'immeuble "so mysterious" du comte Romano di Monte.
168, avenue d'Italie - Paris 13e
Métro : Maison-Blanche (ligne 7). Velib' pour le retour.
tel: 06 25 86 45 75

Dress code : noir et cape.
Apportez un cierge et donnez votre sang.


Aspects de Dracula sur le net :

- MONSTERSHOW.NET, le site de l'auteur et cinéaste David J. Skal ; spécialiste de Dracula et des films d'horreur classiques
- Reprise récente de la pièce Dracula à Cincinnati : www.cincyplay.com/gallery/m1_gallery.php
- Dracula tour en Roumanie (par l'agence Dracula Travel)


- Le récent jeu vidéo Dracula Origins


- La version Dracula du modèle Logan de Dacia-Renault



- Produits pour les collectionneurs



Vidéos :
- Trailers des premiers films de Dracula :



- Documentaire sur « le vrai » Dracula :



- Trailer du Dracula de Coppola :



... et sa première version, retirée des salles car jugée trop sanguinaire :



- Trailer du Dracula de Terence Fisher (1958, aka The Horror of Dracula) :



- Trailer du film de Mel Brooks :



- Trailer de Blacula (coming soon dans une séance de l'oBservatoire) :




 
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Commentaires
1.   Elisa  -  mardi 29 juillet 2008 23:10

Messieurs les organisateurs de l'oBservatoire,
Je me permets de vous écrire pour vous faire partie d'une réflexion et d'un désir personnels, en espérant que mon geste puisse rencontrer votre bienveillance.
Je voudrais d'abord vous exprimer mon appréciation, voire ma reconnaissance, pour la magnifique séance que vous êtes en train d'organiser et, plus en général, pour votre travail que j'estime énormément depuis toujours.
Toutefois, et justement à cause de ma grande admiration pour vous, j'ai remarqué avec étonnement l'exclusion de votre programmation d'un des cinéastes plus prolifiques du XXe siècle et, on peut le dire, déjà du XXIe car l'age ne lui a pas empêché d'enrichir sa production de plusieurs pellicules. Encore, quoi dire de son courage en franchissant non seulement les genres établis mais aussi la croyance positiviste dans l'unicité et l'identité de l'?uvre filmique et de son auteur? Mais, comme ni la quantité ni le, dirais-je, métamorphisme auraient été suffisants, il faut rappeler son amour et sa dévotion pour le sujet que vous avez choisi d'aborder.

Mais laissons la parole aux années et aux titres:
1969: Les nuits de Dracula
1971: (plusieurs titres et versions) Vampiros Lesbos/ Sexualité spéciale / Las Vampiras/ Erbin des Dracula (le voici de nouveau! et là où il n'était pas du tout attendu...).
1972: Dracula prisonnier de Frankenstein
1972: La fille de Dracula
2002: Killer Babys vs Dracula

Sans compter la reconstitution vampirique de films si innombrables que je n'ose pas les citer.

Vous comprendriez à ce point ma surprise, ce qui me pousse à vous poser humblement des questions, tout en sachant qu'il faudrait les poser à nous tous, à notre société même.
Faut-il voir dans votre choix une hostilité contre l'Espagne - plante fleurissant qui ne cesse de pousser ses rinceaux sur notre Europe stérile - en fonction philo-américaine? Je ne veux pas le croire.
Serait-il alors le nom de notre héros, ce Jésus qui a du se dissimuler en Jess, à causer votre damnatio memoriae?
Ou bien voulez-vous résister à la Cinémathèque française ? La cause est, bien entendu, tout à fait juste mais, peut-être, à laisser de coté face à un talent qui pourrait enfin devenir, si reconnu, un guide commun.
Ou enfin, mais là ma langue tremble en sachant son audace, c'est un refoulement, une secrète horreur du porno-horreur qui vous à fait résoudre pour ce parti ?
Et, au cas où, ne serait-il retombé dans les préjugés d'où, selon certains, Dracula vit la lumière ?
En espérant dans votre compréhension, je vous prie d'agréer, Messieurs, l'expression de me salutations les meilleures.
Votre admiratrice,
eb

 
2.   Corneliu  -  mercredi 30 juillet 2008 03:03

Chère lectrice (et admiratrice) E.B.,
Nous avons lu votre message avec le plus grand intérêt. Il contient des observations et des suggestions qui meritent l'attention et en ce qui suit nous voudrions répondre aux points les plus importants.
1." résister à la Cinémathèque française ? " - ce n'est pas vraiment cela. Pourtant ce ne serait pas dans l'esprit de l'oBservatoire de doubler une programmation si complète et de large audience. Je cite P.O. Dittmar : "Le but de l'oBservatoire est de montrer des films marginaux, rares ou devenus inaccessibles et qui ont encore quelque chose à dire au public d'aujourd'hui".
2. Le choix de films que vous citez est juste et votre érudition vous fait honneur. Pourtant je voudrais remarquer que dans Vampiros lesbos le personnage de Dracula n'apparaît pas - il est rajouté par un des titres d'exploitation d'une manière alléatoire et intéressée. Dans tous les autres, sauf le premier de votre liste, Dracula ocupe une place marginale, voire passagère, or notre sélection lui offre la position centrale. Reste en effet Nights of Dracula/Dracula 71/Count Dracula, qui est un film tout à fait à prendre en considération par tous ceux qui se penchent sur Dracula. Il a le mérite (peut-être un mot trop grand ici) de suivre assez fidèlement le roman en ce qui concerne l'aspect physique de Dracula (pour le reste la prétention de fidélite à l'original se dissout à mesure que le film avance). Ici Dracula apparaît vieux la première fois, et en plus orné de la moustache blanche que lui décrit Bram Stoker ; par la suite il rajeunit au fur et à mesure qu'il s'alimente. Cependant ces traits l'éloignent justement du propos qu'on avait choisi comme ligne directice : ici il n'est pas l'homme élégant, le "man about town" des autres films, en revanche il est plus près du mostre-animal du roman. (Nous rajouterons qu'en général dans les films de Franco cités Dracula apparaît sous des traits peu flatteurs.)
3. Une question importante est l'oeuvre de Franco en général, et surtout son Style. Avec une filmographie vaste (mais pas vraiment "un des plus prolifiques" : avec ses 188 films il tient en effet une belle poignée, mais il est loin par exemple des 404 titres d'un Allan Dwan - qui bénéficie il est vrai de la brièveté des films muets) il a touché presqu'à tout. Ses titres attirent, les sujets des films fascinent, on voudrait se jeter dessus sur le champs, mais peu de ses créations résistent vraiment à l'epreuve du regard. En effet, son style ce réalisateur réussit à diluer, voire à noyer des sujets épatants. Manque de rythme, scènes intéressantes isolées entre des océans de banalité, parcimonie non-créative qui montre seulement la pauvreté des moyens, c'est ce qui caractérise son oeuvre. Bien sur nous ne voudrions pas refaire des cloisonements ou des hiérarchies, même pas le nommer un réalisateur mineur. Mais on le voit mal à coté des objets de notre sélection ; en effet, dans ce corpus, l'élégance de style cinématographique accompagne l'élégance du personnage.
4. Enfin, nous sommes un peu confus, voir indignés devant l'hypothèse que vous formulez à la fin de votre message : "une secrète horreur du porno-horreur ". Nous pensons que notre conduite, nos propos, nos choix intéllectuels et de vie ont toujours parlé contre cela. Nous sommes au-delà de toute suspicion. "This is not scholarship but slander". Et nous sommes surpris que cette hypothèse vienne de vous, lectrice, qui - si vous permettez d'évoquer cela - avez formulé maintes fois dans des discussions publiques ou privées les plus aïgues doutes face à des corpus des première importance, comme par exmple l'oeuvre majeure du grand Alvaro Vitali, dans laquelle vous n'avez voulu voire que la bassesse des instincts ou éventuellement l'opium des (télé)spectateurs berlusconisés.
Voici donc une brève réponse à quelques unes des questions que vous soulevez. Nous espérons vivement dans la continuation des discussions le plus prochaînement possible. Au-délà des divergences vos propos ont le mérite de nuancer et enrichir ce déjà trop bref aperçu sur le monde fascinant du comte Dracula, et donc sur nous-mêmes.
En vous remerciant encore une fois pour votre intérêt nous restons, etc.,
Corneliu D.
P.S. Ces propos n'engagent que nous et nous ne voudrions en aucun cas associer de force le très honorable Arno L., sauf s'il désirerait le contraire. Il est attendu à apporter son témoignage dans ces mêmes pages.

 
3.   Aka  -  mercredi 30 juillet 2008 12:04
Je m'associe à tout ce que tu veux, Cornéliu.
Je suis ta chose (question d'infection sanguine) !

A bas Franco !
 
4.   Aka  -  jeudi 31 juillet 2008 10:24

L'acte 3 - proprement fabuleux - du Nosferatu de Murnau (1922)

Et puis, puisqu'on y est le film en entier dans la version anglaise mise en ligne sur "Internet Archive" :

 
5.   Pod  -  vendredi 21 novembre 2008 14:22

 
 
 
 
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