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Justice expéditif (Stress)

« Je décris ce qui viendra, ce qui ne peut manquer de venir : l'avènement du nihilisme » (Nietzsche, XV, 137, ed. Kröner)



Début mai 2008, le groupe Justice met en ligne sur les plateformes YouTube et Dailymotion son dernier clip, illustrant le morceau Stress. Réalisé par Romain-Gavras, du collectif Kourtrajmé, le film, très attendu, scandalise[1] et devient un hit en quelques jours, alimentant forums et échanges nerveux. La presse nationale relaie le buzz (Le Monde[2], Libé).


A Stress, on reproche tout à la fois : de faire l'« apologie de la violence primaire » ou, pire, l'« exploitation commerciale de la délinquance », mais aussi d'être d'un « réalisme inquiétant ». Dans tous les cas, c'est le « sens » du film, son « message », qui est visé ; ce qui n'est possible qu'à accréditer la représentation proposée (prise pour un état de fait, une chose « réelle » ou à tout le moins « possible »). L'interminable débat sur l'impact (toujours mauvais) des images, sur leur transitivité, peut une fois de plus être réactivé.

course
L'un des facteurs qui justifierait l'indignation provoquée par le clip pourrait ressortir à une question de contexte, de « montage » de situations[3] : le clip est destiné à un groupe relativement grand public, dont la musique, d'habitude, arbore des tonalités plus festives (cf. le clip de D.A.N.C.E. directed by Jonas & François (75 prod)[4]). Ici, il y a une sorte de démesure, d'excès. Un décalage abusif, par exemple, entre ce que suggère le titre du morceau et ce que montre le clip, ou entre la violence exprimée et le statut du groupe. « Ca ne raccorde pas », une ligne de décence, une frontière mentale a été franchie : ç'(en) est trop ! Transgression.
Hic supplémentaire : cet excès n'a pas de raisons apparentes : « cette violence est gratuite » - gratuité qui ne peut être que suspecte : musiciens et réalisateurs, inconscients politiquement ou indifférents à l'impact de leur clip sur l'esprit de la jeunesse, n'ont d'autre idée que de faire un coup, via l'excitation des bas instincts. C'est aussi cette gratuité, et partant l'inconséquence, qu'on reproche au clip et à ses concepteurs.

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Donc, Stress « joue avec le feu ». Or, ce que révèle surtout cette condamnation, c'est un certain état malsain de la société (faut-il qu'elle soit fragile, cette société, qu'un clip la menace !) - deuxième point. C'est peu dire qu'on entretient une relation compliquée avec cette « culture des banlieues », dont on ne sait décrypter ni les signes, ni les moeurs.
Ce sujet « sensible » est soit tabou et refoulé[5], soit traité d'une manière infiniment moralisée.
Ici se précise une particularité de Stress, perceptible dans les débats qui accompagnent sa diffusion : « le message du clip est illisible » (il y a excès mais au fond on ne sait pas de quoi) ; quelle position assume-t-il ? condamnation ou apologie de la violence ? A suivre les commentaires qui constituent le buzz, cela semble indécidable. Et, précisément, c'est ce qui est intolérable : la « délinquance », la « violence urbaine », comme sujets, ne sembleraient pas pouvoir se passer d'une mise à distance critique, d'un point de vue clair, d'une prise de position limpide et sans nuances. Grosso modo, d'une condamnation. Impossible de seulement prétendre montrer ou représenter[6].
L'indécision, le flou, la suspension du sens (son autorisation à flotter, à n'être pas donné) est ici impensable parce que socialement, l'incertitude est trop angoissante : comme si le vide (la faille) créé(e) par le doute, c'était la violence qui, par appel d'air, allait le (la) remplir ; comme si les hordes de jeunesse débridées n'attendaient que l'incertitude, cet aveu de faiblesse, pour se déchaîner.
De fait, Stress transgresse cet interdit implicite : l'indécision volontaire du réalisateur est insupportable à tous les autres indécis, qui n'ont alors d'autre choix que la réaction épidermique : totale condamnation (par accréditation des frayeurs latentes) ou adoration douteuse (cool la violence).
Ce serait le premier mérite de ce film : obliger la société à faire face à elle-même, à affronter ses angoisses, son refoulé quotidien et les fantasmes qu'elle a constitué en réponses. Et ce d'une manière assez originale : en comprenant qu'il faut une suspension du jugement pour contraindre cette société, rétive, à se positionner, c'est-à-dire à objectiver du tabou et à produire son auto-critique (si ce film éclatait d'une condamnation lumineuse, son impact serait mineur, son efficacité critique moindre). Conclusion temporaire.

prisons
Cette moralisation du traitement des « banlieues » est comme souvent l'indice d'une culpabilité générale. Il faut que le « sujet » de Stress soit particulièrement « délicat » ou « sensible » (la violence urbaine comme condensé de frayeurs sociales. Pour faire vite : l'altérité, la concentration, l'exclusion, la proximité, la contamination, la dénaturation, la culpabilité, la menace, la trahison intérieure, etc.) pour que ces 6 minutes ne puissent être appréhendées pour ce qu'elles sont : une mise en scène, une fiction, et un clip (une forme somme toute mineure et dans le meilleur des cas, expérimentale : « kourtrajmé » : la forme courte, elliptique[7]). Pour reprendre les propos tenus sur un forum par un participant qui s'étonnait de cette négation du statut fictionnel : « Il ne viendrait pourtant à personne l'idée de considérer les Dents de la Mer comme un documentaire sur les requins ». Donc, cet interdit de fiction finit par faire symptôme alors qu'il n'y a pas plus ici qu'ailleurs d'irreprésentable[8].

On s'étonnera donc que le réalisateur Romain-Gavras tente lui-même d'inscrire son film dans les termes du débat (par exemple lorsqu'il prétend dénoncer la violence)[9]. En réalité, son rapport avec ce qu'il filme ne relève pas de la morale, il est plutôt de l'ordre de la fascination - tant mieux, c'est en partie ce qu'on peut attendre d'un cinéaste ; cela constitue en tout cas une première réponse au déni d'images.
La fascination de Gavras n'est pas facile, visiblement, à assumer : c'est ce qu'indique les constants zoomages/dézoomages caractérisant cette tentative contrariée, peut-être complexée, de se tenir au plus près du motif : agitation perpétuelle du voyeur louche, trop proche de ce qu'il filme et finalement coupable - dans son propre esprit. Cette fascination, c'est celle du filmeur prêt à suivre jusqu'à leur extrémité, jusqu'à la complicité donc, les agissements de ces corps qui l'obsèdent. Obsession tellement radicale qu'elle implique sa propre agression, terme logique et assumé d'un trajet complet de violence : quand tout a été détruit, il faut encore détruire l'image de la destruction - j'écarte sciemment la simple référence à C'est arrivé près de chez vous, très claire (le perchman, la chute de la caméra), sur laquelle je ne veux pas replier (plier) cette fin de Stress.

La Spirale[10]
Cette agression terminale, c'est également une manière de signifier que le filmeur, pour être complice, pour être proche, n'en est pas pour autant « de ce monde ». Dimension assez autobiographique du film, qui documente le rapport personnel de Gavras à cette culture qui est devenue la sienne sans être vraiment la sienne, dans laquelle il se fond sans y parvenir complètement (il reste le fils de', ce qu'il a l'élégance de ne pas renier : voir sa signature[11]).

métro

Le nihilisme veut clore le monde autour de sa propre pulsion d'auto-destruction. Tandis que la négation est l'acte qui rend, à lui seul, évident à tous que le monde n'est pas ce qu'il semble être - mais voilà quand cet acte de négation est si implicitement parfait, il révèle la possibilité que le monde ne pourrait rien être du tout, et que le nihilisme, autant que la création, pourrait occuper le terrain soudain laissé vacant. Le nihiliste, quel que soit le nombre des meurtres qu'il peut commettre, est toujours un solipsiste : personne n'existe en dehors de l'acteur, et seuls les mobiles de l'acteur sont réels. Quand le nihiliste appuie sur la détente, ouvre le gaz, met le feu, enfonce l'aiguille dans la veine, le monde finit. La négation, elle, est toujours politique : elle prend en charge l'existence des autres, les appelle à la vie. Pourtant, les armes que les acteurs de la négation semblent obligés d'utiliser - réelles ou symboliques, la violence, le blasphème, la vie désordonnée, le mépris, le ridicule - sont interchangeables avec celles des nihilistes. (Grail Marcus[12])

Destruction et destruction de l'image de la destruction, il y a du nihilisme dans Stress - manière de se rebrancher sur le constat d'"excès" qui ouvrait ce texte.
Le film repose sur l'idée, maintes fois validée, que cette jeunesse a pris conscience de la frayeur qu'elle représente, de son pouvoir symbolique et radicalement négatif. Cette prise de conscience a pour corollaire l'acception de son sort parfaitement tragique et, par extension, l'imprégnation dans chacun de ses comportements de cette terrible puissance nihiliste[13].

flic à tabac

Ces jeunes ont, comme d'autres avant eux, compris comment re-polariser leur extériorité absolue, leur bannissement. Comment les transmuer en puissance (fût-elle négative, de destruction). Il leur a suffi de saisir et d'admettre (et ça ils l'ont compris dans les yeux des autres) la réalité : à savoir qu'ils n'avaient rien à perdre, ni civilité, ni avenir. Il leur suffisait d'acter que, de ce fait-même, ils étaient intenables socialement ; qu'il est possible, à coût égal (« rien »), de jouer le hors-jeu (c'est-à-dire de nier les règles, donc le jeu lui-même). Alors, leur nihilisme devient négation puisqu'il fait vaciller le pacte qui structure la vie en société - « tu te moraliseras (puisque tu y as intérêt) ».
C'est peut-être bien ce qui choque le plus dans le clip : une impunité possible : contre quelqu'un qui n'a plus rien à perdre, et qui le sait, il n'y a pas de répression possible. Ce que la société éprouve avec Stress (ce qu'elle a surtout éprouvé avec les émeutes de 2005 - cqfd), ce sont les limites de son pouvoir. Ce qu'elle comprend à son tour, c'est qu'elle a secrété les agents de sa propre destruction - il y a effectivement matière à « stress ».

Dali
(On peut ici en profiter pour s'interroger sur le rapport du groupe lui-même au nihilisme : la croix, symbole du groupe « Justice », c'est aussi l'instrument de la mort de Dieu - le lien est alors tout tracé vers le nihilisme nietzschéen. Il faut ouvrir ici une parenthèse sur le trouble généré par ce sigle - en lui-même et par la lecture qu'on est amené à en faire dans le cadre du clip. Picto intrigant - presque autant que le patronyme. Il semble l'imbrication de deux cercueils et évoque également les Crucifixions de Dali ; il y a plus « gênant » peut-être : ce contour scintillant jaune feu rappelle lourdement les croix enflammées du KuKluxKlan. Allusion vaguement provoc à une justice pour le moins expéditive ? Dans l'espace du clip, c'est en tout cas ce que signifient les « blousons noirs » siglés : « nous sommes (la) Justice » ou « nous rendons justice ».)

Molotov

Quand on arrive en ville / Tout l'monde change de trottoir / On n'a pas l'air viril / Mais on fait peur à voir / Des gars qui se maquillent / ça fait rire les passants / Mais quand ils voient du sang / Sur nos lames de rasoirs / ça fait... / Comme un éclair dans le brouillard / Quand on arrive en ville / Nous / Tout c'qu'on veut c'est être heureux / Etre heureux avant d'être vieux / On n'a pas l'temps d'attendre d'avoir trente ans / On prend tout c'qu'on peut prendre en attendant / (...) / On agit sans mobile / ça vous parait bizarre / C'est p't'êt' qu'on est débile / C'est p't'êt' par désespoir / Du moins / C'est c'que disent les journaux du soir / (...) Qu'est-ce qu'on va faire ce soir? / On va p't'êt' tout casser


Ici, difficile de décider si le film veut porter témoignage de vécus réels (possiblement nihilistes) ou si, inversement, il récupère et détourne des données contemporaines pour tenir un discours sur le nihilisme, pour construire ces données en figures du nihilisme.
L'espace diégétique et thématique du film, en tout cas, est circonscrit par l'extrait de Starmania que Romain-Gavras a placé sur son Myspace, comme une sorte de réponse aux critiques : « Quand on arrive en ville' »[14] explicite le projet, notamment plastique, que s'est donné le réalisateur.
Une phrase particulièrement : « on n'a pas l'air viril mais on fait peur à voir »[15]. Voilà le projet, qu'on peut condenser dans une batterie d'interrogations :
Qu'est-ce qu'un corps « qui fait peur à voir » ? qui, instantanément, de sa seule présence, fait peur ?
Quels sont les tenants de la frayeur ? quelle est la dimension fantasmatique et imaginaire de cette frayeur ?
Quels mauvais fantasmes certains corps charrient-ils instantanément au point de faire peur à voir ?
Qu'est-ce que dit d'une société la possible existence, en son sein, de corps qui feraient peur à voir ? (mais on a déjà partiellement répondu...)

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Voilà en gros ce qu'affronte Stress (questions plus ou moins latentes dans le premier clip de NTM, Le Monde de demain : où il s'agissait d'affirmer, par une frontalité radicale et agressive, des corps jusque-là interdits d'images ; cette affirmation passait par un lien ambigu, transgressif peut-être, avec le mal - Kool Shen ou Joey Starr tâchaient de faire « peur à voir » ; ils savaient qu'ils incarnaient, par leur seule présence à l'écran, une forme du mal social, en jouaient et le revendiquaient).

Dans la fascination de Romain-Gavras, il y a un attrait pour ces formes radicales, plus ou moins provocantes (pour qui les perçoit de l'intérieur des Périphs ou « en régions »), de la culture urbaine - fascination qu'on est quand même quelques-uns à partager avec lui : alors son film - et j'en arrive enfin au fond de mon propos - devient une étude de postures et de gestes (éminemment cinématographiques et visuels). Et comme souvent au cinéma ou à la télévision, cette étude, ce travail descriptif passent par la violence, une dramatisation ou une tension.
Pour le dire d'une formule, Stress est une analyse iconographique des figures contemporaines de la transgression et de l'insoutenable social.
Une scène, une des rares stases dans ce trajet survitaminé, expose cette dimension descriptive : la séquence du bus, où Gavras fait comparaître ses acteurs, et révèlent les visages et décrit enfin quelque chose. A partir de là le film bascule (de clip, Stress devient film).

bus
On peut regretter qu'elles aient, ces figures, le teint forcément foncé (black et « gris » comme on disait délicatement dans mon enfance bourguignonne)[16] mais c'est en réalité secondaire - l'immigration et la mixité sont pour cette génération un acquis et une donnée élémentaire ; pas une chose qu'on pourrait encore regretter ou occulter.

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Sous cet angle, le film s'inscrit dans une filiation plutôt prestigieuse et « populaire ».

« Chez certains acteurs américains, une affirmation formelle intense sur leur propre capacité symbolique apparaît à la faveur de remarquables événements de jeu. Ben Gazzara dans le Meurtre d'un bookmaker chinois, Christopher Walken dans King of New-York, Harvey Keitel dans Bad Lieutenant, le même Keitel et ses partenaires dans Reservoir Dogs, versent l'iconographie du film criminel au service d'une invention qui ne concerne pas tant le traitement d'un programme narratif que la fétichisation du jeu et parfois du geste, à partir duquel l'expérience symbolique elle-même se redécoupe. Ils renouent ainsi avec la fonction critique de la représentation de la pègre, l'"intraitable pègre", comme disait Guy Debord, "le sel de la terre, des gens bien sincèrement prêts à mettre le feu au monde pour qu'il ait plus d'éclat"[17]. »[18]

De Taxi Driver à Scarface, d'Orange mécanique à La Haine (référents plus évidents, notamment par la question du groupe, de la collectivité menaçante[19]). jeuxA chaque fois, il s'agit d'une étude de corps, de postures, d'une stylisation actorale (je renvoie aux illustrations ci-jointes, ainsi qu'aux commentaires ci-dessous). Et dans ce sens, Stress est stimulant : les ressources de ses acteurs et la mise en scène sont de prodigieux révélateurs de rythmes complexes, à la fois complètement imprégnés de codes (les références cinéphiliques, télévisuelles ou les emprunts à la culture des jeux vidéos) et totalement neufs : le trajet du film est celui d'une exploration/retraitement systématique des postures de la violence urbaine et de son lexique, sous l'angle de la stylisation, de l'énergie et du nihilisme.

C'est pour partie ce qu'on demande à un cinéaste : nous proposer une description visuelle du monde et de ses potentialités plastiques et formelles (c'est en ce sens que je parlais plus haut d'étude, d'ébauche : ce travail de description accompli, Gavras peut aller ailleurs.)
De ce point de vue, il est hautement intéressant que certains commentateurs, qui admettent le réalisme de son film, dans la représentation de la violence notamment, reprochent à Romain-Gavras ce seul excès : d'avoir condensé « en une seule journée » tous les actes de la délinquance urbaine[20]. J'aurais tendance au contraire à voir dans cette radicalisation descriptive un double coup de maître : cela affirme effectivement le statut fictionnel de Stress ; surtout, ça précise sans trop d'ambiguïté le fond de son projet : ramasser tous les gestes en un seul rush (cette « seule journée », pure création de montage) où va s'épuiser tout le cycle de la délinquance et de la déambulation.

final

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Notes

[1] Pour autant, cette violence est-elle pire par exemple que celle, vicieuse et perverse, mais plus habituelle, de Michel Fourniret (qui ne choque pas de la même manière : violence individuelle, socialement réprimable et réprimée, circonscrite en quelque sorte dans un paradigme psychologique : le déviant, le monstre, le désaffecté, etc.) ? Violence fascinante (pour le coup le buzz est considérable, il y a toute une économie médiatique du cas Fourniret, qui n'en est qu'aux prémisses) mais pas réellement ou socialement transgressive - car c'est un cas limite.

[2] Electro-rock, électrochoc, le clip de Justice fait flamber la Toile, article paru dans l'édition du 11.05.08. "C'est le clip qui fait débat depuis sa mise en ligne sur Internet, le 1er mai. Pas tant pour la musique que pour les images. On y voit, en près de sept minutes, une bande de banlieusards cassant tout sur leur passage, agressant plusieurs personnes. Ce clip vise à vendre la chanson Stress, du duo électro-rock Justice, sensation musicale de l'année 2007. Ces Parisiens avaient jusqu'ici l'image de gentils garçons. L'auteur du clip, Romain Gavras, appartient au collectif de réalisateurs Kourtrajmé, adeptes d'un réalisme provocateur. Stress atteint des records de visites sur DailyMotion ou YouTube. Justice et Romain Gavras refusent de s'exprimer sur leurs intentions, des internautes dénoncent un coup de marketing « pitoyable »."

[3] J'emprunte la terminologie à l'ouvrage lumineux Image et transgression au Moyen-Age (G. Bartholeyns, P-O. Dittmar, V. Jolivet, PUF, 2008), qui propose un schéma théorique de la transgression, page 9 et suivantes.

[4] Clip lauréat d'un MTV award, dont la mièvrerie (donc la violence), après Stress, apparaît plus nettement !

[5] Quid des banlieues dans l'activisme sarkozien ou dans le programme du PS ?

[6] On ne peut pourtant pas dire que Stress est dénué de code représentatif (la mise en scène saute au yeux, avec ses parti-pris expressifs, son rythme, etc.), mais visiblement ce code n'est pas validé : il appartient, et c'est tout le problème, au monde qu'il décrit et enfreint les règles traditionnelles et blanches-bourgeoises de la mise en scène comme distance.

[7] Je ne peux pas m'empêcher de voir Stress comme une ébauche, une étude (bien que parfaitement réalisée, achevée techniquement), un site d'expérimentations, l'anticipation d'un projet plus vaste.

[8] Je ne sais pas si la proposition est généralisable mais il semble bien qu'ici cet interdit vise à cimenter le refoulé. Collusion du tabou et de l'irreprésentable.

[9] Romain-Gavras, par mail, a fait savoir qu'il n'avait pas présenté Stress comme une condamnation de la violence pour la bonne raison qu'il n'a rien déclaré du tout et "refusé toute interview et déclaration".

[10] "Mort du caméraman" / Chili / Mattelart Meppiel Mayoux Marker, La Spirale, 1976, 112ème.

[11] Romain-Gavras comme Costa-Gavras ou ses références cinématographiques sur son Myspace : cinéma d'auteur et notamment Le Fond de l'air est rouge de Chris Marker.

[12] Lipstick traces, une histoire secrète du vingtième siècle, Gallimard-Folio, Paris, 2002, p. 21.

[13] Jean Granier parle de « nihilisme actif » pour qualifier ce désir de puissance : « Le nihilisme devient volontarisme terroriste. Les esclaves révoltés « veulent eux aussi exercer la puissance, en obligeant les puissants à être leurs bourreaux » (XV, 185). Fête sinistre de la volonté de puissance décadente qui essaie de se procurer une ultime jouissance dans les spasmes du meurtre et du sacrifice. C'est le nihilisme actif. » Jean Granier, « Nihilisme », Universalis , t. 16, p. 358.

[14] Interprète : Daniel Balavoine ; paroles : Luc Plamondon ; musique : Michel berger. 1978, Starmania. "HuissierdeJustice" a associé les images de Stress au morceau "Quand on arrive en ville". Voir le résultat ici.

[15] Le côté « pas viril », c'est l'extrême jeunesse des protagonistes du clip.

[16] même si dans l'esprit de Gavras, ce serait plutôt le signe d'un racisme anti-blanc : le blanc n'est pas « beautiful » et son répertoire est trop maigre et naïf, incompatible avec l'iconographie somptuaire du Mal - voir sa réalisation pour le titre ''Signatune'' de DJ Medhi : retour chez les Ch'tis.

[17] Guy Debord, In girum imus nocte et consumimur igni, 1978, in Oeuvres cinématographiques complètes 1952-1978, Paris, éd. Champ Libre, 1978, p. 226.

[18] Nicole Brenez, De la figure en général et du corps en particulier. L'invention figurative au cinéma, coll. « arts et cinéma », Paris, Bruxelles, De Boeck & Larcier, 1998, p. 265.

[19] Il faudrait aussi s'interroger sur la notion de fratrie ou de gémellité dans la proposition de Gavras : les personnages vont par couples ressemblants, et les individus sont indiscernables et se confondent.

[20] Ce qui n'est pas tout à fait exact : le nombre des « Justiciers » varie constamment, écartant la possibilité d'un déroulé linéaire.

 
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Commentaires
1.   Aka  -  mardi 20 mai 2008 23:38
R
 
2.   Aka  -  mardi 20 mai 2008 23:39
C
 
3.   Aka  -  mardi 20 mai 2008 23:41
C
 
4.   Aka  -  mardi 20 mai 2008 23:41

C
 
5.   émilie  -  vendredi 23 mai 2008 06:07

Merci pour cette analyse élégante.
Je trouve ce clip assez érotique, pas très violent, ça parle plus de menace et de peur que de violence réelle (une baffe dans un bar, un appareil photo volé...). Un érotisme à la Genet, des gestes détachés, répétés, ostentatoires, beaucoup de grâce dans un costume rude, c'est toujours le même attrait du pervers (celui qui a le savoir) vers l'innocence (celui qui a la grâce ignorante). Charlus cherchant des fripouilles à l'hôtel de Jupien pendant la guerre et leur demandant de jouer ce rôle pour l'exciter.
Mais est-ce qu'on n'est pas déçu par l'inévitable bêtise qui va avec l'innocence ?
Ils ont l'air de méchants, ils sont coupables de menus faits de violence urbaine, ils sont sexys, toute cette mise en scène le dit clairement, mais est-ce qu'au fond le seul moyen de jouir d'eux ce n'est pas cette image publicitaire ?
Car comme les fripouilles de charlus ils s'épuisent aussitôt dans leur ignorance d'eux-mêmes. Comme la Roberte de Klossowski, si on ne lui suppose pas un peu de perversité elle devient aussi inerte et déprimante qu'un pantin.
Je ne doute pas que Sarkozy n'aide cette classe sociale à prendre véritablement conscience d'elle-même comme classe, dans toute son ampleur.
Merci encore !

 
6.   Aka  -  dimanche 25 mai 2008 10:14
Je reproduis le commentaire qui a été adressé au texte ci-dessus par Paul Villach (lui-même auteur d'un article consacré à "Stress", paru sur Agoravox). Comme je le lui signifiais, nos perceptions du film et nos angles d'attaques divergent nettement. Voici sa réponse :

"Je viens de prendre connaissance de cette prétendue analyse.
Je pourrais vous rétorquer pareillement que mon analyse disqualifie cette analyse complaisante et apologétique, dans la mesure où le parti-pris de cette lecture "esthétisante" est de nier qu'une fiction est aussi une information.
Le surréalisme a connu cette dérive, en prétendant que l'acte surréaliste par excellence est de descendre dans la rue et de tirer à l'aveuglette sur tout ce qui bouge. Les imbéciles !
Après deux guerres mondiales, on devrait cesser ces enfantillages esthétisants. On ne peut pas écrire et filmer n'importe quoi n'importe comment. Rappelez-vous ! Brasillach, ce potache de la rue d'Ulm, qui n'avait cessé d'encourager la haine, s'est retrouvé devant un peloton d'exécution en février 1945. De Gaulle lui a refusé la grâce, malgré les interventions de Mauriac puis au dernier moment de Camus !
Paul Villach"

En guise de réponse à cette leçon d'histoire (dont décidemment on fait bien ce qu'on veut), un morceau de La Rumeur, dont le texte qui précède n'est que le développement laborieux :
La Rumeur, "Qui est-ce que ça étonne encore ?" (Du Coeur à l'outrage, 2007)
Le diable au corps... (voilà qui aurait fait un meilleur intitulé de billet !)

L'article de Paul Villach sur Agoravox
http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=39693
 
7.   titiou  -  samedi 31 mai 2008 15:02

L'indécision d'un réalisateur n'existe pas, il s'agit d'une utopie basée sur l'idée que, de même qu'on peut parler pour ne rien dire, on peut montrer sans signifier. Pourtant, même sans intention consciente, tous les choix "filmographiques" d'un réalisateur font sens. Je ne prendrai qu'un exemple, celui du montage.

Le clip commence directement sur des actes de violence, et les flics n'interviennent que tardivement - c'est-à-dire, d'après la chronologie narrative, qu'ils n'interviennent que pour tenter de protéger les "gentils citoyens" (vous noterez au passage qu'ils se font laminer la tronche). Même s'il n'en a surement pas mesuré la portée, Gavras a ici fait un choix significatif. On n'est même plus dans le malaise des banlieues, dans une vision sociale de la situation. Il verse dans une rhétorique du mal - et du mâle (je vous accorde d'avance que celle-là était facile).

Que Gavras soit fasciné par la banlieue, nous sommes tous d'accord. Mais on peut attendre d'un réalisateur qu'il aille plus loin que la simple mise en scène de son obsession. D'autant plus que derrière cette obsession de la violence des banlieues, on trouve celle de la violence de l'homme noir. Le clip, qu'il le veuille ou non, et ce au même titre que la plupart des reportages sur le sujet dans le genre du Droit de savoir, joue sur cette peur primaire de l'Autre et sur le cliché du Noir mi-homme, mi-animal. Ce n'est pas le bon sauvage cette fois mais le cannibale sans émotion, sans intelligence, un être vivant qui n'est qu'un corps. Forcément dangereux et fascinant.
Pour autant, je n'approuve pas la décision du MRAP de porter l'affaire devant les tribunaux mais parfois, il peut être utile de prendre conscience des stéréotypes qui travaillent notre inconscient.

 
8.   Francois toulouse  -  samedi 31 mai 2008 15:35

Oui, on peut faire de brillantes analyses sur ce clip, construire des thèses, etc..
Il n'empêche que le dit clip fait fureur sur des blogs identitaires comme franceblanche, fdsouche, etc..
Alors, peu importe l'intention, à partir ou ça sert la soupe des petits fachos, moi, ça me déplaît...

 
9.   koladi  -  dimanche 1 juin 2008 14:16

"Stess" n'est-il pas la suite de "Batards de barbares" ?

Ces deux clips "provocateurs", "transgressifs", prennent place dans la construction d'une oeuvre plastique cohérente, celle de Gavras, celle de Kourtrajmé, et s'inscrit désormais dans le champ de l'histoire de l'art.On ne peut en aucun cas les dissocier des différents travaux réalisés par ce collectif d'une part (voir notamment les photographies de JR, sans quoi une critique objective de ces clips est non avenue ), et surtout de l'histoire du mouvement Hip-Hop.

La culture Hip-Hop, comme tout courant artistique, possède ses codes et ceux-ci échappent completement au plus grand nombre. Prenons, par exemple, le sheitan ( diable en arabe ), et récurrent dans leur oeuvre, il représente le singe, la divinité roublarde qui se joue du langage pour mieux embobiner, c'est le "singe vanneur", le "trickster", le filou. Il est tout droit venu des Yoruba ou des Fon (Nigeria, Bénin), conté et chanté dans les ghettos afro-americains
depuis le commerce triangulaire.

Le singe, désormais porte la caméra, s'inscrivant dans son temps, utilisant LE langage de son temps, répondant au fameux "Ne critiquez pas les médias, faites les ! ". La scène de la BX, ne fait-elle pas référence à la fameuse pub dans laquelle Grace Johnes, apparaissait en déesse black... Le singe détourne, se moque, et se réapproprie les icônes du siècles qui l'a vu naître. Et les références ne manquent pas dans ce dernier clip !

Cette ultra violence n'est-elle pas, en fait qu'une illustration de l'arnaque propre à la demmerde où tous les moyens sont bons (séduction-manipulation-violence en l'occurence) dont le seul objectif est le profit : c'est le monde du "hustling". (cf. article The Zone, Loïc Wacquant, dans La misere du monde, sous la direction de Bourdieu.)
Bourdieu qui lança : " Aux syndicats et à tous les groupes en lutte, il faut ajouter les artistes, qui sont capables de donner forme visible et sensible aux conséquences prévisibles mais non encore visibles de la politique néolibérale."

J'ajouterai que l'objectif d'Afrika Bambaataa (et des autres précurseurs du hip-hop) était d'offrir la possibilité à ceux qui le voulaient de trouver une alternative à la violence à travers la danse, le graff, le slam, la musique... et aujourd'hui la vidéo ! Aujourd'hui que de jeunes groupes, de collectifs, affrontent et transforment des pulsions mortifères induites par une société profondemment névrosée, conscients qu'ils sont de notre gangrène, le malaise dans la culture, dérangent. Alors que leurs oeuvres devraient accueuillies avec respect, et replacée dans le contexte qui est le leur, l'ART !

Oui vraiment, il est temps d'enseigner l'histoire de l'art dés la primaire !

 
10.   celestin cartier  -  dimanche 1 juin 2008 21:55

Un prêtre me disait, il y a quelques années, que l'avenir de la chrétienté était en Afrique. Ils sont noirs, leur blouson est barré d'un crucifix, selon les grilles de lecture, c'est un brûlot anti-chrétien ou l'apologie de sa puissance salvatrice. Comme le disait approximativement Kevin Spacey dans 7even, "si vous voulez vous faire entendre, il ne suffit plus de crier". Pour beaucoup l'occident est devenu un tel maelstrom qu'il faut balayer sa morale déliquescente qui dit tout et son contraire. Nietzschéen dites-vous c'est plus tôt tout le contraire...

 
11.   (signalement)  -  vendredi 6 juin 2008 09:18

Chris Marker est intervenu pour soutenir Romain Gavras et le film "Stress" :

"(...) Mais d'abord, marre de ce terme de « clip » pour désigner n'importe quel très court métrage. Tant de longs métrages aujourd'hui ressemblent à des clips étirés qu'il est permis de saluer un clip qui ressemble à un film. Je risque un autre mot, en m'amusant d'avance de l'incrédulité qu'il va susciter chez certains : un poème. Un poème noir, violent, sans concession, sans alibi, magnifiquement « écrit » (encore faudrait-il qu'on s'intéresse à l'écriture cinématographique, vaste débat) et dans la ligne d'un certain nombre de ces poèmes qui dans toutes les langues, à un moment donné, ont dérangé et troublé, et dont certains en effet ont fini devant les tribunaux.

Montrer ce que personne ne veut voir, c'était en d'autres temps une fonction de la poésie. Cet objet non identifié qui tombe dans un paysage audiovisuel où par ailleurs la violence est partout présente, mais avec assez de roublardise et de complaisance pour être acceptée sans états d'âme, j'aurais tendance à le comparer au parallélépipède que Kubrick dresse, dans « 2001 », près d'un troupeau de singes endormis. Incongru, incompréhensible au point que c'est à force de n'y rien comprendre que s'éveillera l'idée qu'il y a quelque chose à comprendre. Les singes ont évolué. Les censeurs, ça reste à voir."

lire l'intégralité du texte de Marker :
http://www.poptronics.fr/A-propos-du-clip-Stress-par-Chris
 
12.   Gro  -  mardi 17 juin 2008 11:53

And The Winner Is J.U.S.T.I.C.E

Tout le monde en parle et tout le monde consomme.....

 
13.   YoM.  -  vendredi 20 juin 2008 20:04

Cher Aka,

Tu parles de « l'impact (toujours mauvais) des images ».
Dans la Caverne des Idées, Platon, certainement le premier spectateur, nous invite déjà, à sortir de la salle de cinéma, du petit écran et autres secondes mains du Réel en forme de caverne.
Pourtant si nous nous en tenions à la qualité première, c'est-à-dire lumineuse, des projections, sans nous préoccuper dans un premier temps de leur contenu, nous pourrions être attentif à leur capacité à apporter de la lumière (et parfois aussi des couleurs) dans les endroits sombres. C'est cela l'acte premier de toute projection : apporter la lumière dans la caverne, éclairer cette part d'ours en nous qui cherche, le temps d'un hiver, le confort des cavernes. Et donner à voir le caverneux.
C'est ce type de résonance que suscite ce « clip » (je rejoins le commentaire de Marker) qui, semble t-il déporte ou/et emporte l'adhésion. Il ne laisse pas neutre, pas de marbre, pas de glace. C'est le contraire. Stress nous replace dans la grotte, dans le « grotesque ».

Ce faisant il « joue avec le feu », mais c'est effectivement ainsi qu'invariablement nous sortons des cavernes. Il y a pour l'homme, ce singe nu et frileux, une nécessité à jouer avec les flammes. Et si tu parles de « fascination de Romain-Gavras », elle est de cet ordre : regarder les flammes pendant des heures (ou bien jouer avec la cire des bougies).
Ce que l'on voit ce sont des images (non de la violence), ce que l'on sent en les regardant c'est du danger (et une esthétique certaine). C'est la sensation qui est première. C'est parce que nous ressentons du danger que nous estimons ces images violentes.
Selon moi, cela pose la question de l'esthétique non pas de la violence, mais du DANGER. On est plongé dans la caverne, il y a en nous une part d'ours, mais elle est toute petite, elle est si lointaine, et ce feu, que nous croyions avoir maîtriser, le voilà qui brille dans les yeux d'une humanité « gonflée à bloc ».
Où est donc cette caverne ?
Nous y étions pendant 6 minutes : transgression.
Que se passe t-il une fois la projection finie ?
On écoute son coeur battre ?

 
14.   Le Monde  -  jeudi 26 juin 2008 14:48
Accusé Gavras, levez-vous !
Je reproduis ici les propos de Romain-Gavras, extraits de l'article paru dans LE MONDE 2 (Martine Valo) | 26.06.08 | 08h40

" (...) Il ne manquait qu'une parole. Celle du réalisateur Romain Gavras. Il s'en était jusqu'à présent tenu à un silence obstiné, qui n'avait qu'avivé les interrogations sur les intentions de ce clip, sur ses partis pris artistiques.

(...) "Nous aimons susciter des réactions fortes. Aujourd'hui, tout est mou autour de nous ou alors réduit à des slogans pseudo-politisés simplets. Tout doit comporter un message moralisateur, même les publicités ! Alors que la société, la vraie vie, elles, ne sont pas morales."
(...) "On a dit que mon film se résume à des Noirs qui agressent des Blancs : c'est faux. Ils s'en prennent à des jeunes, des vieux, des Arabes, des Noirs, des Blancs, des touristes chinois, sans discernement. Dans les années 1980, j'aurais sans doute mis en scène des punks. Je voulais montrer la violence la plus actuelle, nihiliste. On me reproche d'avoir tourné un clip de brutalité gratuite, alors que pour moi, elle n'existe pas : la fureur est aveugle, pas gratuite."
(...) "Je ne vois vraiment pas ce qui pourrait pousser au racisme dans cette fiction. Car c'en est une : tout est joué. Que des Noirs aient tourné dedans ? C'est quand même très court comme raisonnement ! J'ai sans doute plus de respect pour l'intelligence du public, des jeunes en particulier, que mes détracteurs. Lors du casting, à Clichy-Montfermeil [Seine-Saint-Denis] où vivent plusieurs membres de Kourtrajmé, une trentaine de gamins s'est présentée, que des Renois et des Rebeus . ça peut sembler naïf, mais, moi, je n'ai vu que des petits Français. Est-ce que j'aurais dû instaurer des quotas comme dans les films américains ? ! J'aimerais bien que les gens soient sensibles au travail d'acteur fourni par ces jeunes de 14-15 ans au lieu de croire qu'ils tiennent leur propre rôle."
(...) "C'est l'antisingle par excellence, pas destiné à tourner en boucle sur les radios et les télés. Notre intention artistique était de réaliser un film très violent, pour une musique très violente, étouffante. Il s'en dégage une tension artistique... Je ne le trouve pas provocant, mais transgressif. Cela dit, mes autres clips ont un univers très différent."
Illustrer la violence, est-ce forcément montrer les banlieues ? "Non, le thème du court-métrage n'est ni les cités ni une critique simpliste des médias, mais la façon dont une équipe de tournage - qui peut être vue comme travaillant pour la télévision ou bien comme moi-même, Romain Gavras, réalisateur - suit une bande complètement destructrice. La dialectique entre la caméra - qui est l'acteur principal - et les casseurs m'intéressait. Il y a un dialogue entre les deux : au début, un chiffon essuie l'objectif, le perchman apparaît à l'écran. A plusieurs reprises, les jeunes adressent un signe à la caméra puis ils finissent par lui taper dessus. Quand ils lancent : ça te fait kiffer de filmer ça ? , c'est aussi le spectateur qu'ils interpellent. "
(...) "Dans Stress, le plan le plus dur montre une bouteille cassée sur la tête d'un homme... Mes images sont dures à supporter parce qu'elles ne comportent pas d'avertissement du style : La violence, ce n'est pas bien. Pour moi, l'intérêt et la modernité du film tiennent à ce parti pris. Une explication simplette l'aurait cassé. J'ai envie que les gens le voient et, une fois passée l'émotion de la première vision, qu'ils le décortiquent, l'interprètent à leur manière."
Sur ce point, Romain Gavras pourrait se sentir comblé. Il note que les débats n'ont pas été stériles, mais sévères. On lui a reproché un coup marketing. Il rétorque que le clip, assumé par le groupe Justice, n'a jamais été conçu pour passer à la télévision, mais pour être vu sur Internet où le spectateur sélectionne ce qu'il regarde. "Ma responsabilité tient à ce choix de diffusion."
(...) "On m'a accusé d'alimenter les fantasmes... J'ai plutôt l'impression d'avoir placé les spectateurs face à leurs propres ambiguïtés, ce qui les met forcément mal à l'aise. S'ils ont peur... Mon métier d'artiste ne consiste pas à les rassurer. Mon film n'est pas évident, c'est, à mon sens, ce qui le rend intéressant." "

Le site du Monde
 
15.   david T  -  mardi 1 juillet 2008 17:20

Franchement dans cet article vous dite que de la merde !
Le signe de justice n'a rien a voir avec Dieu , mais il rend homage a Métalica , le croix etant qur une de leur pochette d'album et le nom justice vient du titre d'une chanson du meme groupe, métalica !
Il faut se renseigner sur le groupe avant de dire de la merde . Merci

 
16.   raf  -  vendredi 21 novembre 2008 21:31

ce qui est inquietant c'est que les images sont tellement réelle...la peur et la colére sur le regard des gens est si réelle..ce sont des vrai images ou une comédie.?

 
17.   Ardias  -  vendredi 21 novembre 2008 23:08

Je crois qu'il n'y a pas a écrire un pavé là dessus.

Si on regarde la fin avec le perchiste qui se brule, le caméraman qui se prend un coup et la phrase de fin... on comprend très bien qu'il s'agit d'une façon de dénoncer.

Le commentaire parle de fascination, c'est exactement le contraire... c'est un pugilat, un trop plein, un résumé de fosse septique... dans le but de dénoncer la fascination des médias et des masses.

Et au vu des réactions, on peut penser que l'auteur a raison de montrer son clip de cette façon... car vous êtes tellement endoctrinés que vous n'avez pas essayer de penser que pour une fois le réalisateur se veut de l'autre coté du miroir.

BRAVO JUSTICE !!


Ps: Bien vu David T... mais je crois que les gens voient ce qu'ils ont envie de voir.
C'est ceux qui dénoncent qui devraient se regarder dans la glace.
Si Justice avait fait la chose de manière plus explicite ça n'aurait pas montré l'ampleur du problème qu'ils combattent.

 
18.   JC  -  mardi 27 janvier 2009 09:43

Parfait.
Si ce film suscite autant de rejet, c'est que la réalité qu'il y montre et celle du quotidien des millions de personnes vivant dans cet environnement.
Alors ce qui dérange c'est quoi, la violence? Parce que pour une fois elle est carrément accessible, qu'elle peut vous atteindre n'importe où n'importe quand?
On est touché par ce qui nous dérange et ce que l'on refuse de voir, ce film est une reussite, les acteurs sont extrêmement bon, je ne sais pas si ce sont des amateurs ou des pro mais c'est un jeu physique parfaitement interprété. Bravo pour eux!

 
19.   Cervoise  -  lundi 9 février 2009 16:25

J'pense pas que cela a était noté dans l'analyse du clip, mais la fin du clip est très inspiré du film gore Cannibal holocaust, qui a également fait scandale à sa sortie.

 
20.   Fr  -  jeudi 16 avril 2009 00:15

C'est incroyable les monceaux de questions et de reflections qu'un petit clip musical peut provoquer chez les "penseurs". La première réponse à l'analyse, postée par "émilie", est digne du plus tordu des critiques s'écoutant parler de son désir de briller. Qu'ils sont fières de leurs savoirs! Qu'il est bon de se poser des questions aux quelles il est de plus en plus difficile de répondre! Ca me fascinera toujours, l'être humain est trop intélligent. Quelle tristesse... Le fait qu'il y est de la violence, de la corruption, de la haine, des crimes, des viols, ... dans notre monde ne doit pas faire oublier que ces actes sont commis par des humains, tel vous et moi, en somme des animaux "trop" avancés. Ces gens nous ressembles et nous leurs ressemblont, ils sont nos frères, nos pères, nos paires. Alors stoppez la philosophie, les analyses sans queue ni tête, les discussions sans fonds, le bon & le mauvais, le pour & le contre ; Ouvrez les yeux et contemplez votre avenir : Un trou noir. Grandeur et décadence de l'éspèce humaine : A trop vouloir évoluer, l'humain se dégrade.

 
21.   Pierre  -  mercredi 16 septembre 2009 17:00

A 2mn 58 " viens on va niquer du blanc " dit un des jeunes noirs

 
22.   Karamazov  -  vendredi 21 mai 2010 14:59

Je vais essayer de faire « court » et non professoral. J’ai lu bon nombre de commentaires sur ce clip, de toutes natures et un peu partout.
Sur le plan philosophique d’abord, et pour rabattre ceux qui se voudraient « penseurs », citer Platon (j'ai lu ci-dessous) , dans ce contexte, relève de la masturbation intellectuelle. Quand à associer Nietzsche (qui se défendait d’être philosophe) au nihilisme, cela prouve une nouvelle fois encore qu’il sera toujours mal interprété. Le nihilisme c’est la négation de toute forme de valeur, Nietzsche prônait lui un renversement des valeurs. Son : « Je décris ce qui viendra, ce qui ne peut manquer de venir : l'avènement du nihilisme » placé en tête de l’article (pour faire « clinquant » comme « amorce» de débat certainement) est un constat amer et non une apologie du nihilisme. Comme lorsqu’il « annonçait » un 20ème siècle « barbare », comme ce fut le cas. Bref.

J’ai lu également ci-dessous « qu'une fiction est aussi une information ». Donc, dans ce champ et d’après ce raisonnement, si je visionne le film « Dracula » de F. Coppola, j’en conclu que les vampires existent et qu’il est nécessaire de s’armer de crucifix ? Cette affirmation est sûrement vraie, mais dans ce contexte, c’est une manière plutôt prétentieuse et condescendante de dire ou de sous entendre : « Attention, le quidam ne verra pas ou surtout interprétera mal la vidéo ». Peur ? C’est bien le mot-clé de tout ça.
Je rappelle le thème principal du clip à savoir « la peur » par l’image (non suggestive, mais montrée brutalement) d’une « réalité » fortement anxiogène (stress) apportée par une caméra. Au passage j‘ajoute qu’un œil est d’abord et a priori toujours subjectif, il l’est doublement par le biais d’une caméra (l’œil du sujet + l’œil de la personne qui filme). Beaucoup oublie l’importance et la place essentielle de l’œil de la caméra, ce qui est filmé, montré, en quelque sorte. La puissance directrice de l’information-média... En cela, Romain Gavras a fait mouche. Derrière autant de violence gratuite et de brutale mise en scène, il y a forcément une subtilité, un message caché, intéressé disons. Personnellement j’y vois, entre autre, une dénonciation de la prétendue « objectivité » de l’œil de la caméra. « Tiens, je te montre tout ce dont tu as peur et de manière condensée». La mise en scène est très bonne car très réaliste. Il y a également une autre « peur » très subtile, et peut-être même voulue et c’est là le point fort de cette fiction : La peur par celui qui visionne que la vidéo soit mal interprétée par d’autres (car jeu sur l’image, le cliché et l’a priori). C’est flagrant si l’on en juge par toutes les réactions qui ont suivies. Le réalisateur a fait mouche encore une fois. De même, aucune orientation de « lecture » (la brutalité en a aveuglé beaucoup) d’un clip très controversé au sujet délicat, quasi absence de réactions de la part de l’auteur suite au « buzz », etc…. En somme, chacun est laissé à sa libre interprétation et ça fait terriblement « peur » à beaucoup pour un sujet aussi délicat. Si le collectif Kourtrajmé se lance dans la publicité, comme annoncé, je prédis un gros « succès » .
Les monstres, fantômes, vampires, ces êtres « irréels » ne font plus peur à personne, même plus aux enfants. Nous sommes devenu plus « rationnels », la science a, dans une certaine mesure, prit le pas depuis longtemps sur la religion, le mystique. Pour faire peur de nos jours il faut donc employer des « images » plus pragmatiques, identifiables physiquement. Après on peut bien sur débattre des heures sur le choix de « l’image » choisie ici par Romain Gavras. Ce fut néanmoins son choix et ça a terriblement bien marché : son clip a fait « peur » .

 
23.   Vincentimes  -  mercredi 26 octobre 2011 01:34

L'art, dans ce qu'il peut apporter de meilleur à la société, se doit de provoquer, de déranger. Esthétisme et beauté sont deux concepts bien distincts. Témoin, une Histoire humaine parsemée d'oeuvres faisant débat, voire étant carrément rejetées par la société en place, critiquée, voire menacée par ces artistes qui charrient un message bien plus puissant que le sien par l'esthétique, et bien sûr le contenu indéniable de l'oeuvre. Ce clip, c'est une oeuvre d'art, qu'on le veuille ou non. Cette litanie de réflexions stériles et de débats houleux, parfois pertinents, parfois pas, n'en est que confirmation. Ici, on touche à l'incitation à la réflexion, de la provocation, que les auteurs l'aient voulu ou non. Donc, on est dans l'art dans ce qu'il a de plus noble.

Curieux de voir Justice, deux ans plus tard, sortir un album qui suscite une autre polémique qui, bien qu'elle ne soit pas sociétale mais simplement concernée par les qualités musicales de l'album, ressemble un peu à ce débat autour du clip de Stress. D'un côté des détracteurs, on le trouve bien trop "commercial", de l'autre, on le trouve trop complexe et hermétique. Trop accessible, mais aussi trop inaccessible. Encore un révélateur des limites de la critique d'art, de son absence totale d'objectivité, voire de pertinence. Et puis surtout de l'inculture d'une grande majorité d'entre nous, incapables de lire ce qui est nouveau, déstabilisant ou dérangeant d'une autre manière que via des réactions épidermiques. Situation rendue bien pire à l'age de l'internet, ou n'importe qui se sent investi de la mission du critique.

 
24.   Aka  -  vendredi 6 février 2015 19:24

 
 
 
 
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