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disques_de_programme

le disque_de_programme #0

Rejouer sur support numérique une programmation cinéphile, c'était inédit. Avec ces « disques de programme », simple appareil innove et parachève le travail de programmation amorcé au sein de son ciné-club, L'oBservatoire.

« Disque_de_programme » - de quoi s'agit-il ?
De regrouper sur un même dvd-rom 5 à 6 films.
L'opération a l'air élémentaire mais ce regroupement implique une succession de gestes importants. La sélection des films, sorte de dérushage à l'échelle de l'histoire du cinéma ou des images, est le premier de ces gestes.
Le deuxième est un montage, c'est-à-dire une méditation sur les effets induits par la co-présence, sur un même support, des films retenus. Moment décisif s'il en est, parce qu'il s'agit bien, via le disque_de_programme, de faire dialoguer les images sous l'autorité d'un point de vue ou en fonction d'un angle problématique. Si ce disque entretient encore un rapport avec le ciné-club, c'est précisément en ceci qu'il repose sur un regard, un choix critique, fanatique, historique, thématique, théorique, que sais-je (et non pas en cela qu'il constituerait une sorte de compilation rétrospective, ou une anthologie).
Troisième geste: le programmateur peut recourir à tous les modes d'expressions efficaces selon lui pour clarifier son montage ou le rapporter à une histoire des formes ; l'écrit est l'un de ces modes, mais pas forcément le seul.

Derrière tous ces moments, ce principe : la volonté d'exprimer ou de nourrir un usage personnel des images. Regrouper sur un même dvd-rom 5 à 6 films, c'est, immédiatement, une manière de défendre une vision du cinéma.



Sur un versant pratique, le « disque_de_programme » mobilise les compressions numériques et les connivences sur les réseaux d'échanges pour remettre en cause l'unidimensionnalité coutumière du dvd - qui n'est ni un hasard, ni une fatalité, mais bel et bien le produit d'un système. Au fond, ce disque n'est possible qu'à condition de cette culture émancipée.

Par exemple, sur le disque_de_programme, les données numériques sont accessibles - et là, on est en complète opposition avec la conception du dvd commercial qui interdit l'accès aux fichiers sources. "Des données accessibles" signifient des données maléables ! En vérité, le disque_de_programme est le signe parmi d'autres d'un rapport neuf aux images, plus intime et fouillé, introduit par la convergence numérique. De nouveaux usages, inédits et impensables jusque-là à pareille échelle, sont dorénavant possibles : sélections, remontages, bricolages de toutes natures, captures, revisionnages, voisinages, contaminations, films mentaux, et tant d'autres approches à inventer.

L'opinion dorénavant est que ces pratiques sont aussi du cinéma, qu'elles en noient largement les frontières usuelles, traditionnellement axées sur les dispositifs techniques (projection en grand, solitudes dans la salle obscure, propriétés de l'image argentique, intervallée et translucide), au profit d'un recentrement sur les images elles-mêmes et leur manipulation. En un mot, leur vie.



Sans doute ces pratiques entament un nouveau régime des images, qu'on peut dire d'appropriation. Il y a là-dedans les résidus d'une pensée de l'universalité, « voir tous les films », « disposer de tous les films » (régime passé de la cinéphilie), mais aussi quelque chose de plus vertigineux. Appropriation est un faux-ennemi ; le mot a l'air de frayer avec propriété, alors qu'en vérité il en sape les convictions (le statut du créateur au premier chef). S'approprier signifie faire sien, s'incorporer, se fondre presque : les images participent d'une aventure intime qui corrode les partages coutumiers entre imaginaire et réel. De fait, le régime d'appropriation n'est pas fondamentalement cumulatif, il est d'immersion.
La confusion des images perçues et des images mentales, et sur un autre plan des images individuelles et des images collectives, était justement l'une des thématiques de Mon oncle d'Amérique, d'Alain Resnais (1980) - voyez comment les personnages du film, aux moment clés de leur existence, réagissent sous l'impression de certaines « images » du cinéma classique français, pour eux particulièrement prégnantes.
L'indistinction et la convergence des images n'ont fait que s'accentuer. On comprend que les films sont désormais une chose sérieuse, et que comme dans le film de Resnais il en va de la vie tangible des êtres.



De tout cela, le disque_de_programme prend acte ; il souhaite constituer un rouage supplémentaire dans le circuit des images. Il a son mot d'ordre : ces films dérobés doivent désormais être revaloriser par vos initiatives et vos emprunts, vos remarques et vos trafics.

Pour l'heure, le disque_de_programme n'est qu'une expérience ou une idée, un numéro « zéro » ; c'est à vous qu'il appartient d'en faire un rendez-vous régulier, une famille nombreuse.
Simple appareil accueille donc toutes vos propositions et vos suggestions. Les programmateurs en herbe ou les obsessifs contrariés (malheureux qui n'avaient pas rêvé le « disque de programme ») sont fortement invités à prendre le relais et à relancer la ronde des images.
Sur la ligne de départ également, des cinéastes ou des critiques, invités eux aussi à s'approprier le projet « disque_de_programme ». Certainement, c'est d'eux dont on attend les points de vue les plus féconds, les perceptions les plus engageantes sur l'avenir du cinéma.

Quel que soit le modèle, commissariat d'exposition ou carte blanche, simple appareil s'occupe des détails techniques.


Rem : le projet "disque_de_programme #0" est en ligne à l'adresse
www.simpleappareil.org/disq_de_prog/

 
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Commentaires
1.   Thomas  -  jeudi 1 février 2007 19:08

Je comprends bien l'ambition : en gros, s'approprier les films, faire du cinéma en regardant un écran.

Le problème est surtout technique : pour moi, un disque avec 5 films les uns à la suite des autres n'est qu'un mega-dvd. D'ailleurs il y a des dvd qui comportent plusieurs films (du meme auteur en général, je te l'accorde).

Autre aspect du pb : les droits. Imaginons un type qui adore 5 films introuvables, il veut les diffuser le + possible, alors il fait un disque de programme et le copie, ça marche tant que sa démarche n'est pas connue publiquement. Donc c'est limité.

3° point, qu'est-ce qu'on peut faire de plus avec un disque à 5 films qu'avec 5 disques comportant un film mieux numérisé?
ici est le problème principal selon moi, l'intéractivité. C'est ça qu'il faudrait travailler, dépasser le simple marche/arret, avance/recul rapide. Par ex intégrer dans le film 1 programme de montage, permettant de faire un nouveau film à partir d'un film existant. Ou bien monter 2 films enregistrés sur le meme disque entre eux. Ou bien permettre d'afficher 2 films en meme temps sur l'écran; ou bien passer une autre bande son pendant un film (connais-tu la légende selon laquelle il y aurait une analogie secrete entre le film "Le magicien d'Oz" et le disque de Pink Floyd 'Dark side on the Moon"?). Ce genre de choses.

Bref chacun pourrait devenir un petit Godard et faire sa propre "histoire(s) du
cinéma". Non ?

 
2.   Arno (par mail)  -  jeudi 1 février 2007 19:28

Thomas,
tu as une réaction assez proche de celle de Vincent, au niveau propositions (lui aussi pour un lecteur multi-écran, multi-plages...) ce genre de choses...

je répondrais succinctement :
1. n'importe quel ordinateur comporte un logiciel de montage intégré (depuis au
moins deux générations de système d'exploitation)...
Question : pourquoi, hormis certains cercles, n'y a-t-il pas de phénomènes d'appropriation ?
une partie de la réponse en 2...
(1. bis : l'interface dont tu parles imposerait / figerait des usages, d'ailleurs un peu trop ludiques à mon goût (tu connais la légende qui dit que Pink FLoyd...); ce qui est le contraire de la démarche recherchée ici. Néanmoins il y a certainement matière à réfléchir, à faire quelque chose d'ouvert et généreux )

2. un DVD, c'est fait de telle sorte que tu ne puisses pas récupérer les signaux sources... On n'est pas du tout, du tout, ds le même paradigme...
Le DVD est symptomatique d'un certain rapport aux images, qu'on espère
historique...

3. les aspects techniques et juridiques sont les vrais limites de ce projet, tout à fait
d'accord, mais il s'agit surtout de désigner, de surligner de nouveaux usages
La question fondamentale serait plutôt : y-a-t-il véritablement des portées
subversives ds ces pratiques...? y-a-t-il là une manière inédite de vivre avec les images, qui rapprocherait les films de la mémoire ?

4. pour le reste de tes remarques (1 disq de progr = 5 DVD), elle évacue
l'aspect "programme / programmation", qui a aussi son importance... Visiblement, ces
deux dimensions, réunies ds le même texte, c'est un problème, un défaut... il y
en a toujours une qui est absentée par le lecteur...

Tu me permets de mettre tes remarques ds un commentaire sur le site ?
(j'y joindrais cette réponse)

 
3.   Thomas (par mail)  -  jeudi 1 février 2007 19:33

salut,
je sais bien que les logiciels de montage existent sur ordinateur, l'idée serait justement de trouver un moyen de se passer de l'ordinateur, juste avec la télécommande du lecteur dvd ou de la freebox.
Existe-t-il des consoles de montage sur playstation ?

tu dis que le dvd est 1 certain paradigme, pourrais-tu développer un peu ? dans ton texte tu ne le fais pas comme si c'était évident.
Est-ce le meme qu'une cassette vhs ? qu'un cd ? qu'un gros livre de poche ?
ce que tu proposes, est-ce proche des livres-compilations, du type "Romans libertins du XVIIIe s." ?

je te donne un exemple d'appropriation en dehors d'un certain cercle de connaisseurs: quand un gamin aime particulièrement un film, au point de le voir 3 ou 4 fois par semaine, il n'est pas rare qu'il en arrive à sélectionner les scènes qui lui plaisent le plus et qu'il passe en vitesse rapide sur les scènes qui l'intéressent moins. J'étais un de ces gamins, absolument fan du "Retour du jedi". Tout le début, je le zappais (environ 1/2 heure) et je ne regardais qu'à partir du moment qui m'intéressait le plus. Si j'avais disposé d'un chapitrage type dvd, ou d'un outil de montage, j'aurais pu y accéder direct, sans devoir accélérer toute la première partie.
Autre exemple: quand on fait une compil musicale, on détruit un ensemble voulu par l'auteur (l'unité album) et on recompose un autre ensemble + personnel. J'imagine ainsi une compil d'extraits de films.

Bref en gros tous les usages que je vois de ces idées tournent autour de la mise entre parenthèses de l'auteur et de sa substitution par un spectateur actif, quite à dénaturer le sens premier du film. D'une certaine manière ça va avec le court-circuitage des droits d'auteur..

 
4.   Arno  -  jeudi 1 février 2007 20:13

Thomas, je distingue deux choses dans ton commentaire précédent.

1. court-circuitage de l'auteur. Je trouve pas mal l'expression ; on en est plus à la mort de l'auteur, il s'est pas laissé faire, et puis il y a ds le "disque de programme" une dimension tout à fait "auctorale", paradoxale en un sens, qui est celle de la sélection des films, de la composition du disque (il est lui-même un montage, c'est le premier montage avant toute intervention sur les films eux-mêmes). Réclamer des spectateurs qu'ils construisent leur propre disq de program, au titre d'un point de vue, c'est baigner ds le même espace référentiel que les concepteurs de DVD, les chansonniers français, les éditeurs professionnels et les cassettes vhs. C'est l'Auteur toujours.
Ds ce sens, court-cuircuitage est bien trouvé : pour une fois, sortons du cadre "autorisé", sortons de la distance polie et respectueuse pour le créateur. (Qui, lui, ne se gêne pas pour intervenir sur nos subconscients -et c'est bien la dimension la plus profonde, la plus sérieuse du projet ; les images, numérisées ou pas, ne sont pas une matière anodine, tu es bien placé pour savoir... Tout ça cherche à réfléchir sur ce qu'implique de voisiner avec des images)

A mon tour d'y aller de mon exemple intime : je suis très sensible au propos du film de Wenders, qui s'intitule "Jusqu'au bout du monde"... certainement le premier film d'Auteur que j'ai vu au cinéma, en vrai, en grand. Imprégnation maximum. Et si on veut le "disq de progr" est un rejeton, pas si putatif, de cette projection inaugurale...
Bon, c'est un film riche mais assez médiocre, par bien des aspects. De manière coutumière, on dit qu'il signe la chute du cinéaste...
Ce film s'est approprié ma personne, à mon tour désormais : il y aura pe un jour une séance de ce ciné-club qui sera consacrée à la version remontée/raccourcie de ce film. C'est prétentieux mais c'est sexy aussi (si on veux bien me croire quand je dis que ce n'est pas la performance qui m'attire sur ce coup-là)
C'est un film riche mais c'est un mauvais film. Pour moi, c'est une chose fondamentale dont je ne comprends pas qu'elle ne le soit pas non plus pour la terre entière. Revenir sur ce film, le tripatouiller, le défaire de ces verrues, c'est marcher vers une forme d'évidence, de vérité, que j'ai grand désir de partager (ce n'est pas rigolo, ce n'est pas facile, ce n'est pas une question d'interface, ni de logiciel). Ce film travaille en moi, malgré moi, ce qui n'est ni très grave, ni très désagréable, un phénomène finalement très partagé... ce que je veux dire : c'est que peu m'importe le sentiment de Wenders à l'égard de ma démarche. Son film ne lui appartient pas, ne lui appartient plus. Son film n'a d'existence qu'imaginaire et c'est avec ce ferment là que je commerce. La question du "paradigme" (domination des Droits d'auteur / Respect de l'oeuvre) s'élucide de cette manière... c'est cela exactement qu'il faut faire : court-circuitons ! neutralisons pour un temps le paradigme (comme ce soir, les lumières sur la ville) - il s'en remettra.
Le disq de progr a sa raison d'être dans ces pratiques ; en quelque sorte il retourne l' "Auteur" contre lui-même : le point de vue d'une personne, habité et motivé, aidera peut-être d'autres personnes à "rejoindre", à habiter, les images en eux-mêmes.

Deuxième point, (là je commence à être très long), ton exemple...
Il m'intéresse moins par ces aspects techniques ("si j'avais eu le menu du DVD, j'aurais gagner du temps... " -mais pe pas eut le même plaisir), que par ses sous-entendus...
Evacuons la première demi-heure, qu'est-ce qu'il y a de si marquant ds le "retour de Jedi" pour le petit Thomas, après ? qu'est-ce qu'il reste chez Thomas de cette manie cinéphile typique ? est-ce que Thomas adulte ne se surprend pas, parfois, comme les personnages de Resnais avec leurs acteurs fétiches, en train de rejouer au sabre laser ? Est-ce que le Thomas père a montré ces images à son fils ? n'y a-t-il pas pensé en écrivant les lignes ci-dessus ?
En gros, qu'est-ce qu'on fait de ce "fanatisme" ?

Je sais au moins à quoi m'attendre si l'envie te prend de faire un disq de progr...

 
5.   Le Monde (Reuters)  -  dimanche 4 février 2007 10:12

La vidéo en ligne lance une nouvelle génération de réalisateurs (04.02.07 | 09h47)

AMSTERDAM (Reuters) - Alors que des millions de consommateurs achètent chaque semaine un téléphone mobile équipé d'une caméra numérique, plusieurs sites internet ont commencé à fournir gratuitement des outils de montage en ligne, faisant émerger une nouvelle génération de réalisateurs.
Au cours de l'année 2006, plus de 348 millions de téléphones mobiles équipés d'une caméra numérique ont été vendus et, pour 2007, ce chiffre pourrait atteindre les 490 millions, selon le cabinet d'études Strategy Analytics.
Les effets de cet engouement sont facilement observables sur YouTube, où plus de 65.000 vidéos sont mises en ligne chaque jour, dont la grande majorité ont pour protagonistes des enfants ou de jeunes adultes, un segment de la population qui jusqu'alors n'utilisait pas le camescope.
Ces vidéos sont diffusées dans leur état brut, souvent mal tournées et mal éclairées mais, à en croire les 100 millions d'entre elles qui sont visionnées chaque jour, c'est comme cela que le public les préfère.
"Ca va droit au but, ça raconte une histoire. Et d'une certaine façon, c'est plus comique que dramatique", explique Nicolas Charbonnier, un jeune Danois qui possède son propre journal vidéo sur internet.
La plupart du temps, ces séquences sont éditées avec des outils disponibles gratuitement sur le web, comme ceux offerts par les sites Jumpcut.com ou Eyespot.com.
"Nous avons lancé notre service parce que nous avions des téléphones avec des caméras numériques mais qu'il était très difficile de faire le montage", explique David Dudas, co-fondateur de Eyespot, un site qui prévoit d'avoir cinq millions d'utilisateurs mensuels d'ici fin mars.

AUTODIDACTES
La qualité de ces vidéos laisse encore à désirer et les fonctions de montage proposées sur internet sont relativement basiques mais cela devrait s'améliorer de manière spectaculaire au cours des prochaines années. Même si, de toute façon, les règles en vigueur jusqu'à maintenant ne s'appliquent pas sur internet.
"Le montage est devenu moins important. Si les gens trouvent qu'un passage est trop lent, ils le passent en accéléré", explique Nicolas Charbonnier, qui publie régulièrement sur Google Video, sans aucun montage, des heures entières d'enregistrement de salons professionnels dédiés à la technologie.
L'engouement pour le montage vidéo a également eu pour effet de doper le nombre de personnes souhaitant faire de ce hobby une profession.
"Le nombre d'autodidactes augmente rapidement. Nous avons de plus en plus de candidatures de ce type", explique Hans van Haagen, qui s'occupe des informations et des documentaires à la télévision publique néerlandaise NOS.
"2007 va être l'année où beaucoup plus de gens vont commencer à gagner de l'argent avec la vidéo sur internet, comme tous ces artistes qui n'ont pas encore réussi à percer", précise Dudas.
Et comme le dit un réalisateur de cinéma, Joel M., sur le blog DVGuru: "Je n'ai pas fait d'école de cinéma. Je me suis entraîné, j'ai fait des centaines de petits films et j'ai regardé des milliers de films. Et je travaille aujourd'hui comme réalisateur. Je pense que ce type de parcours deviendra la norme dans l'avenir plutôt que l'exception".

 
6.   Thomas (re:mail)  -  dimanche 4 février 2007 19:01

J'ai lu ton 2° commentaire,
je n'ai pas encore montré le "Retour du jedi" à N., il est trop petit.

Quant tu écris "fanatisme", j'ai lu "fantasme", "qu'est-ce qu'on fait de ce fantasme là". Est-ce que le fantasme est une image trop intime pour faire du cinéma ?

C'est marrant que ton premier film d'auteur soit "Jusqu'au bout du Monde", il me semble que moi aussi. Du moins le premier que j'ai vu au cinéma, au Max Linder, 2 fois, la 2° fois avec 1 débat en présence du réalisateur.
Demande à Hakim la question qu'il a posée pendant ce débat, il aura honte.
Dans le temps, je n'avais pas pris ce film pour un "film d'auteur", je ne savais pas ce que c'était d'ailleurs, juste un film de science-fiction avec des notions philosophiques et des images étranges. Ce qui me reste aujourd'hui, c'est les images étranges, je suppose, un fantasme de réalisateur, filmer des [images de] rêves. Beaucoup plus intéressant que d'autres films sur ce sujet. Avec la distance, le revoir maintenant, je me demande ce que j'en penserais.

 
7.   Vincent  -  mardi 6 février 2007 23:29

J'interviens à rebours dans votre échange.
Comme d'habitude, je ne suis d'accord avec personne. Je ne comprends par l'idée du "court-circuitage" de l'auteur. L'auteur n'est pas mon ennemi. Bien au contraire, sans lui, pas d'oeuvre à s'(e ré)approprier :

1. appropriation/réception : ma mémoire n'est pas le sanctuaire sacro-saint des auteurs et de leur oeuvre. Le peu que je retiens d'un film (d'un livre, d'une peinture, d'un disque) se recompose sans cesse. Tant et si bien que je confonds tout. Banalité certes, mais qu'il faudrait creuser : que produit ma mémoire? La mémoire est-elle l'unique force à l'oeuvre quand il s'agit de se souvenir? La réception que j'ai de l'oeuvre ne respecte pas son auteur et n'intéresse que moi (appropriation). Le regard est le disque de prog.
Ton projet (Arnaud) m'apparaît comme le support de ce regard. Comme Thomas, j'aimerais pouvoir juxtaposer au visionnage des extraits sans rapport, passer d'une scène à l'autre, d'un film à l'autre librement en suivant mon envie, comme je peux écouter des disques pendant des heures (tel instant de telle chanson puis telle intro sur tel morceau, puis tel solo..). Je constate d'ailleurs souvent que ce type de regard, d'écoute finit généralement par révéler ce qui le motive (son but?) ; mais seulement au bout d'un certain temps. Qu'est ce que je cherche quand je zappe? Un sentiment, une articulation, une expression. Ce travail, en un sens me révèle ce que j'aime (de manière inattendue parfois). C'est facile pour la musique, difficile pour le cinéma à cause des outils de visionnage traditionnels.

2. appropriation/production : je comprends bien maintenant que c'est le point important à tes yeux. Je ne l'avais pas bien saisi à la lecture de ton texte de présentation. Tout le monde ne sait pas qu'un dvd n'est pas exploitable pour un remontage ; que le divx permet d'isoler des séquences, de les monter. C'est un pas supplémentaire de l'appropriation de l'oeuvre. Là encore je ne saisi pas l'irrévérence faite à l'auteur. Toutes les oeuvres se nourissent de citations. Melville en révèle tant dans ses entretiens! Remonter (faire un nouveau montage) c'est pousser à la limite cette logique de citation. On peut ne pas aimer mais DJ Zebra le fait depuis un certain temps avec les classiques de la Soul et du RnR. Cette possibilité de remonter ce que l'on voit permet en outre de clarifier ses obsessions - pourquoi cette scène m'obnubile-t-elle à ce point?

Bref ce disque est un beau projet : des exemples (matériels d'appropriation des images) permettraient d'en saisir mieux l'intérêt peut-être. un gros travail d'ergonomie du disque est sans doute à entreprendre. reparlons-en bientôt.

 
8.   Arno  -  mercredi 7 février 2007 17:40

« Curieusement tu te souviens très bien de la certitude que tu avais, commençant à courir en avant des premières lignes de la manif, qu'il allait t'arriver quelque chose, tu te souviens du choc et du démantibulement, de la chute et de la douleur, la cuiller de la grenade te cassant les dents, de la stupeur et en même temps de l'espèce de satisfaction de constater que quelque chose, en effet, était advenu [...]. Qu'est-ce qu'on était romantiques [...], et en même temps tu te dis que sans doute tu ne serais pas parti ainsi, absurdement, à l'assaut des casques et des boucliers, si tu n'avais pas lu L'Iliade, ni vu sur une photo célèbre de Robert Capa un milicien foudroyé d'une balle en pleine tête devant Cordoue, et qu'il se fait ainsi d'étranges cocktails Molotov dans la tête des jeunes gens, des caramboles explosives, des courts-circuits d'images. »
Olivier Rolin, "Tigre en papier", Paris, Seuil, 2002, p. 59.

 
9.   Arno  -  mercredi 7 février 2007 18:32

Pour répondre à la requête de Vincent, voici quelques exemples de manipulations, trafics, appropriations.
Sur ce site, un travail à partir d' "Apocalypse Now" ; voir le billet "la remontée du fleuve".
http://simpleappareil.free.fr/lobservatoire/index.php?2003/11/12/27-la-remontee-du-fleuve-apocalypse-now
Ou, toujours sur simpleappareil.org, mais chez les gars de Pellicula, le film consacré à Wong Kar Wai, intitulé "On films"
www.simpleappareil.org/pellicula.html

Je me fais quelques remarques.
J'ai l'impression qu'à souligner les limites ou les obscurités du texte original, on arrive à un consensus tendre. Les positions ne sont pas très marquées (et il n'y a que vincent pour n'être d'accord avec personne) et se rejoignent parce que chacun a trouvé, ds le projet, un écho à ses pratiques personnelles, ses propres usages des images...

Une chose me gêne toutefois, qui est de l'ordre du vocabulaire. Je crois que "citation" qu'utilise Vincent n'est pas adapté -je m'en suis aperçu plusieurs fois par ailleurs. Comme il l'a sous-entendu, citation roule avec auteur. L'auteur n'est pas l'ennemi, c'est vrai -il nous indiffère trop désormais. Ds mon esprit un peu tatillon, je le répète, il y a quelque chose de passé, de terminé ds ces référents, "auteur" ou "citation".
L'appropriation, si elle devait être quelque chose de neuf, un régime inédit comme il est dit plus haut, suppose des emprunts un peu plus intenses que la citation. Je renvoie au passage de Rolin (commentaire prcdt), ou une fois encore aux personnages de Mon Oncle d'Amérique. Les images nous dominent, les images nous agissent... (jusqu'où ?). Alors, ce qui se joue avec l' "appropriation", c'est un redressement de l'histoire personnelle. En manipulant les images qui ont compté, non seulement je rejoue l'histoire, ce qui, immédiatement, la change, mais je l'elucide (Vincent l'a dit), je l'interprète ou je l'analyse, je la déraille, je l'aiguille. Bref je l'habite (ce qui est une manière complexe d'étendre le présent, de le densifier).

"Donner l'accès aux images" prend tout à coup un sens vertigineux... qui dépasse de beaucoup notre projet.
La citation fait presque figure d'os à ronger.

 
10.   Vincent  -  vendredi 9 février 2007 10:59

"Les images nous dominent, les images nous agissent... (jusqu'où ?)"

Cette anecdote de Melville, résistant :
"A un moment donné, on a sorti un petit gars de ma division et on l'a étendu sous un pommier en fleur. C'était le printemps. Quand j'ai compris qu'il allait mourir, j'ai fait un geste que j'ai dû voir un jour dans un film - voyez comme le cinéma vous poursuit longtemps - j'ai allumé une cigarette et l'ai mise entre ses lèvres. Il m'a regardé une seconde. Il a tiré deux bouffées et puis il est mort."
"Le cinéma selon Melville" par Rui Nogueira, p. 215.

 
11.   Arno  -  jeudi 15 mars 2007 19:39

Un mot rapide pour remercier chaleureusement tous les participants de cet échange (et à ceux qui m'ont fait part de leurs remarques à l'oral).
Il en a résulté une modification substantielle du texte d'origine, notamment ds ces premiers paragraphes, à l'origine trop elliptiques.

On s'approche de la forme définitive du texte et du programme.
On va pouvoir graver les disques !
et les distribuer.
En avant !

 
 
 
 
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